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Le mégafeu est fixé, la Gironde attaque une tout autre bataille

Après le plus grand incendie depuis 1949, la Gironde passe de la lutte au très long chemin de la reconstruction. Voici ce qui attend les habitants, la…

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Le mégafeu est fixé, la Gironde attaque une tout autre bataille

Après le plus grand incendie depuis 1949, la Gironde passe de la lutte au très long chemin de la reconstruction. Voici ce qui attend les habitants, la forêt et l’économie locale.

Le mégafeu de 42.000 hectares a été fixé, mais à peine. La Gironde sort de la phase aiguë de la lutte contre les flammes, et les pompiers entrent dans une autre mission, moins spectaculaire mais tout aussi épuisante. Des braises couvent encore sous terre et peuvent se rallumer pendant des semaines, voire des années. C’est ce qu’on appelle les feux zombies. Un lieutenant des pompiers le dit clairement, le feu est partout, il couve, et la surveillance doit durer au moins jusqu’aux pluies de l’hiver. L’association de défense de la forêt contre les incendies, qui compte 2.500 bénévoles en Aquitaine, craint d’ailleurs des reprises quotidiennes dès le mois d’août, tant la zone est immense.

Autre chantier, la forêt elle-même. Des milliers de pins calcinés ou fragilisés doivent être abattus pour sécuriser les espaces ravagés. Les chercheurs de l’Inrae avaient déjà donné une règle après l’incendie de 2022. Si la base de l’arbre a brûlé, il faut couper. Si seule la partie verte a été touchée, l’arbre peut encore s’en sortir. Mais cette fois, l’échelle est inédite. Les pins affaiblis attirent les parasites, notamment le scolyte sténographe, un petit insecte volant qui prolifère dans les troncs malmenés jusqu’à tuer l’arbre. Un autre ravageur, le nématode du pin, a été détecté dans les Landes voisines. L’abattage massif s’annonce comme la seule issue. Les autorités prévoient de réunir rapidement les entreprises forestières pour faire l’état des lieux des dégâts et organiser les soutiens.

Côté humain, le bilan est lourd. Environ 240 habitations ont été détruites, les trois quarts au Porge. Les particuliers peuvent compter sur leur assurance multirisques habitation, mais pas pour tout. Les dégâts sur les ouvrages extérieurs, comme un portail, un abri de jardin ou une piscine, ne sont pas toujours remboursés. Pour les véhicules, seule l’assurance tous risques indemnise. Les entreprises ont aussi vécu des journées très dures. Quelque 23.000 ont été paralysées pendant plusieurs jours dans les zones évacuées, ce qui représente 82.000 salariés. Une entreprise fermée sur décision préfectorale n’est pas assurée pour la perte d’exploitation. Des dispositifs d’urgence comme le chômage partiel ont été activés, y compris pour les saisonniers. La préfète promet de mettre autant d’énergie dans l’accompagnement des victimes que dans la lutte contre les flammes. Les assureurs ont déjà été réunis pour accélérer le passage des experts.

La reconstruction ne se limite pas aux habitations. La forêt des Landes de Gascogne, un million d’hectares, est l’une des plus exploitées de France. La quasi-monoculture du pin maritime, la mécanisation et la proximité avec les maisons la rendent particulièrement vulnérable au feu, sur fond de sécheresses et de canicules répétées. Emmanuel Macron, venu sur place, a appelé à replanter et à rebâtir une forêt différente, capable de s’adapter au réchauffement climatique et à la pression résidentielle et touristique. Les forestiers privés réclament une zone tampon inconstructible d’au moins 50 mètres autour des bois et un meilleur respect des obligations de débroussaillement. Mais remplacer le pin maritime par d’autres essences ne serait pas une solution miracle. Un chercheur de l’Inrae à Bordeaux rappelle que le pin est l’essence la plus adaptée au sol local, et qu’aucune espèce ne ferait mieux face à la sécheresse et aux feux.

Reste la question de l’image écornée. La préfète avait dit aux touristes de ne pas venir en Gironde, une phrase vécue comme un coup de massue par le secteur touristique. Ceux qui ont vécu des évacuations traumatisantes seront peut-être difficiles à convaincre de revenir, mais les professionnels comptent sur la taille du département pour sauver le mois d’août. Le tourisme pèse 7% du PIB girondin, plus de 40.000 emplois et 3,2 milliards d’euros de retombées directes. Autant de raisons de soigner la réputation d’une région éprouvée, mais pas réduite à ses cendres.

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