Europe
Le Kosovo revote, et les citoyens craquent
Trois élections en seize mois et toujours pas de gouvernement stable. Les Kosovars expriment leur colère et leur fatigue face à un système politique qui…


Trois élections en seize mois et toujours pas de gouvernement stable. Les Kosovars expriment leur colère et leur fatigue face à un système politique qui tourne en rond.
Les files d’attente devant les bureaux de vote ne cachent pas la tension. Ce dimanche, les citoyens du Kosovo sont appelés aux urnes pour la troisième fois en un an et demi. Un record qui épuise le pays. En février 2025, le parti du Premier ministre Albin Kurti, Vetëvendosje, arrive en tête sans majorité. Après des mois de blocage, un nouveau scrutin en décembre lui offre un meilleur score, mais le Parlement se retrouve paralysé sur l’élection d’un président honorifique. Résultat : une nouvelle dissolution en avril. Un jeu de chaises musicales qui exaspère la population.
Gezim Selimi, 66 ans, enseignant à la retraite, a voté tôt ce matin à Pristina. Il en a assez. Il demande aux partis de cesser de gaspiller l’argent et le temps du pays pour des querelles de pouvoir. Miranda Fazliu, programmeuse informatique, elle, hésite à voter. Elle trouve que les élections donnent toujours le même résultat, avec des programmes recyclés. Les ONG confirment cette impression : sur l’énergie, les salaires, les infrastructures, les promesses se ressemblent. Une analyse de Democracy in Action parle de « promesses reconditionnées ».
Derrière ce marathon électoral, il y a une crise qui coûte cher. Le Kosovo fait face à une inflation qui dépasse 5%, notamment sur les prix alimentaires. Faton Kryeziu, galeriste, raconte que ses ventes sont tombées à zéro. Il n’a jamais vu une période aussi difficile. Et chaque scrutin coûte plus de dix millions d’euros au pays. De quoi créer des emplois, selon plusieurs citoyens. La crise politique a aussi bloqué des fonds européens : sur 980 millions d’euros prévus, le Kosovo n’en a reçu que 62 millions. Les experts sont pessimistes. Ardi Uka, chercheur en économie politique, craint que le cycle ne s’installe durablement, comme en Belgique ou en Bulgarie. Safet Gerxhaliu, professeur, parle d’une « crise systémique » qui pousse les institutions au bord de la rupture. Le pays, indépendant depuis 2008, vit sa plus grave crise politique. Ce dimanche, 2,1 millions d’électeurs doivent choisir leurs représentants. Mais l’espoir d’une issue rapide est mince.
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