Économie
Le gazole recule à la pompe, les petites stations dénoncent un partage inégal
L’État a lâché dix millions de barils de gazole issus de ses réserves stratégiques sur le marché, et la facture commence à s’alléger pour les…

L’État a lâché dix millions de barils de gazole issus de ses réserves stratégiques sur le marché, et la facture commence à s’alléger pour les automobilistes. Une opération saluée par l’exécutif, dont la répartition fait pourtant grincer des dents chez les stations indépendantes.
Depuis le 1er novembre, les prix à la pompe suivent une pente descendante. Le gouvernement avait annoncé le 12 octobre la mise à disposition des distributeurs de dix millions de barils de gazole puisés dans les réserves stratégiques du pays, répartis au prorata de leur part de marché de 2025 et étalés sur trois mois, avec l’espoir d’arracher douze à dix-huit centimes sur chaque litre. Le calcul se vérifie en partie. Le litre, qui tournait autour de 2,38 euro il y a quelques jours, est retombé près de 2,29 euro, soit à peu près dix centimes de moins, sur la base d’un relevé portant sur 8 642 stations.
À l’Élysée comme à Matignon, on savoure. Emmanuel Macron s’est félicité sur les réseaux sociaux d’un résultat obtenu « sans toucher aux taxes » et « sans démagogie », alors que plusieurs formations politiques réclament depuis des semaines un blocage des prix ou une baisse de la fiscalité sur les carburants. Il a aussi appelé à ne pas crier victoire trop vite, invoquant des « incertitudes géopolitiques qui demeurent » au Moyen-Orient. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a salué une baisse effective sans délai, jusqu’à « 18 centimes par litre, voire davantage », soit « environ 10 euros d’économie sur un plein », en promettant que l’État vérifierait que l’avantage soit « intégralement répercuté sur le prix payé ».
Serge Papin, ministre du Commerce, a de son côté assuré que la baisse de « 12 à 18 centimes » était déjà une réalité dans « plus de la moitié » des stations-service du pays. « Les distributeurs jouent le jeu », a-t-il ajouté, estimant que « la grande majorité des Français » disposait désormais d’un prix allégé, la moitié des stations couvrant plus de la moitié de la population, voire « 80 % ».
Tout n’est pas si lisse. Une partie de la profession dénonce un déstockage à deux vitesses, dont les grandes surfaces et TotalEnergies auraient profité avant les autres. Francis Pousse, du réseau Mobilians, qui parle pour les stations indépendantes, a fustigé des écarts de prix « insupportables ». La réponse de Serge Papin est sèche. « Je ne comprends pas qu’il dise cela », a-t-il lancé, rappelant qu’un mécanisme de prêts à taux zéro avait été bâti avec ce même Francis Pousse pour aider les petites stations à suivre le mouvement.
Philippe Casbas, président du syndicat des pétroliers Ufip, tempère la portée des chiffres. La moyenne relevée mélange les enseignes qui ont déjà appliqué la mesure et celles qui ne s’y sont pas encore résolues, et la répercussion peut prendre plus de temps chez certaines. La rencontre prévue à Bercy entre Roland Lescure, Serge Papin et les distributeurs doit justement dresser un premier bilan national de l’opération.
Reste le contexte qui a rendu le dispositif nécessaire. La flambée des carburants est née au Moyen-Orient, déclenchée par les États-Unis et Israël fin février 2026, et les prix demeurent élevés malgré le coup de pouce. D’où la prudence affichée par l’exécutif, qui se garde bien de parler d’un retour à la normale.
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