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À Villepinte, le salon Euronaval place les drones au centre de la guerre navale

Le plus grand rendez-vous mondial de la défense navale ouvre mardi près de Paris, avec une soixantaine d’entreprises de drones contre 17 il y a deux ans…

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À Villepinte, le salon Euronaval place les drones au centre de la guerre navale

Le plus grand rendez-vous mondial de la défense navale ouvre mardi près de Paris, avec une soixantaine d’entreprises de drones contre 17 il y a deux ans seulement. Les conflits récents ont fait de la mer un terrain d’affrontement à part entière, et les budgets suivent.

C’est la 30e édition d’un salon biennal qui dure jusqu’à vendredi, à Villepinte, au nord de Paris. Son thème, « Vers la haute intensité », sonne comme un euphémisme militaire pour désigner la perspective d’une guerre en mer. Pierre Eric Pommellet, président du salon, mais aussi du Gican et de Naval Group, rappelle pourquoi le sujet dépasse largement les états-majors. Les conflits récents « ont replacé la mer au centre de la sécurité collective », alors que 80 % du volume du commerce international passe par les routes maritimes et que les câbles sous-marins acheminent 99 % des communications téléphoniques et internet.

Sur les plus de 700 exposants attendus, les drones sont la vraie star. Ils étaient 17 entreprises spécialisées il y a deux ans, elles seront une soixantaine cette année. « Le spectre des menaces s’élargit et le développement des drones permet de déployer à grande échelle des armes relativement peu coûteuses, aux côtés de systèmes toujours plus sophistiqués », résume Guillaume Merveilleux du Vignaux, commissaire général d’Euronaval. La logique du combat naval tient en une phrase, celle de Pierre Eric Pommellet. « Il faut voir en premier et agir en premier. » Concrètement, cela veut dire multiplier les capteurs, satellites, drones et engins sous-marins, et s’appuyer davantage sur l’intelligence artificielle pour traiter plus vite les informations récoltées.

La menace ne vient plus seulement des flottes adverses. Des groupes armés et des flottes fantômes, plus difficiles à identifier, entrent dans l’équation. Le détroit d’Ormuz en donne l’illustration. Malgré une marine bien plus faible que celles des grandes puissances occidentales, l’Iran reste capable de perturber le trafic grâce à des drones, des missiles et des moyens de surveillance déployés depuis ses côtes. « Il n’y a pas forcément besoin de déployer une flotte au large. On peut frapper depuis la terre », explique le commissaire général, qui cite aussi des missiles balistiques « extrêmement difficiles à intercepter ». Pour Vincent Tourret, chercheur au Centre des études de sécurité de l’Ifri, les drones sont rien de moins qu’« une démocratisation de la puissance de feu de précision sur terre, dans les airs et en mer ».

La guerre en Ukraine a accéléré la bascule. Depuis 2024, les drones de surface ukrainiens Magura ont envoyé plusieurs navires russes par le fond en mer Noire. La démonstration est limpide. Un engin relativement bon marché peut menacer des bâtiments qui valent des centaines de millions d’euros. Ces appareils vont donc prendre une place croissante dans les futures « flottes hybrides », aux côtés des frégates et des sous-marins, qui restent indispensables à un combat naval moderne.

Les chiffres confirment l’accélération des investissements. Selon l’étude pré-Euronaval, le marché mondial de la construction navale militaire devrait atteindre 122 milliards de dollars sur 2024-2025, contre 82 milliards lors de la période étudiée deux ans plus tôt. Les seuls programmes de sous-marins nucléaires d’attaque pèsent plus de 27 milliards de dollars, avec 17 unités lancées ou en construction, contre six auparavant. Les commandes de sous-marins conventionnels grimpent de 11 à 18 unités.

Un point de tension subsiste, celui de la participation israélienne, placée sous haute surveillance. Les autorités françaises ont fixé un « cadre très défini et restrictif » qui n’autorise les exposants non gouvernementaux à présenter que des équipements de défense antiaérienne, antimissile et antibalistique. Une demi-douzaine d’entreprises israéliennes se sont inscrites. Depuis le début de la guerre à Gaza, leur présence dans les salons de défense français provoque des remous. Au Bourget, en juin 2025, des bâches noires avaient masqué des armes offensives, ce qui avait provoqué la colère d’Israël. À Eurosatory, les restrictions aux matériels antiaériens et antimissiles avaient entraîné la fermeture de douze stands israéliens et de nouvelles protestations.

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