Politique
Le drapeau qui fait trembler l’équipe d’Iran à la Coupe du monde
Lundi à Los Angeles, des milliers d’exilés iraniens comptent brandir l’ancien étendard du pays, celui d’avant 1979. Un geste politique que le régime…

Lundi à Los Angeles, des milliers d’exilés iraniens comptent brandir l’ancien étendard du pays, celui d’avant 1979. Un geste politique que le régime menace de faire payer à ses propres joueurs.
Sara Barahman a 22 ans et elle prépare des études de sciences politiques. Mais ce lundi, elle sera dans les rues de Los Angeles avec un morceau de tissu bien particulier : le drapeau iranien orné d’un lion et d’un soleil, celui qui flottait avant la Révolution islamique. Autour du stade où l’équipe d’Iran doit affronter la Nouvelle-Zélande pour son premier match de Coupe du monde, elle ne sera pas seule. Des milliers d’autres membres de la diaspora comptent manifester avec elle. Peu importe si, à l’intérieur de l’enceinte, la Fédération interdit les symboles politiques. Peu importe si le ministre iranien des Sports menace d’arrêter le match. Sara l’affirme sans détour : « Ce n’est même pas notre équipe. C’est l’équipe du gouvernement islamique. Qu’ils gagnent ou qu’ils perdent, on s’en fiche. »
Ce n’est pas seulement une histoire de football. C’est le reflet d’une guerre qui ne dit pas son nom entre l’Iran et une partie du monde. Depuis fin février, les États-Unis et Israël sont en conflit ouvert avec Téhéran. La participation de la sélection iranienne à ce Mondial nord-américain a été incertaine jusqu’au bout. Son camp de base a dû être installé à Tijuana, au Mexique, après un refus de visas pour une quinzaine de membres de l’encadrement. Et Los Angeles, pourtant surnommée « Tehrangeles » à cause de sa forte communauté iranienne, n’a rien d’un refuge. Au contraire. La ville abrite une large frange d’opposants au régime. En janvier, quand les forces de Téhéran ont réprimé un nouveau soulèvement populaire – des milliers de morts selon des ONG – la diaspora californienne a envahi les rues avec cet ancien drapeau. Ce week-end, 40 000 à 50 000 personnes pourraient à nouveau se rassembler autour du stade, espère Mohasseb, un professeur d’ingénierie qui organise la mobilisation. « Je ne parviens pas à trouver le sommeil à cause des atrocités », confie-t-il.
À l’intérieur du stade, la tension est tout aussi vive. La FIFA interdit les accessoires politiques, et Téhéran a prévenu : si les anciens drapeaux entrent dans l’enceinte, le match sera suspendu. Mais les manifestants ont anticipé. Plusieurs munis de billets ont imprimé le lion et le soleil sur des t-shirts, qu’ils comptent cacher sous d’autres vêtements avant de les dévoiler au coup d’envoi. « Que peut vraiment faire la FIFA contre ça ? » s’amuse Iman Foroutan, un militant du comté d’Orange. « Vont-ils arrêter le match et expulser tout le monde ? Je ne suis pas sûr que ce soit très pratique. » Pour lui, les joueurs eux-mêmes ne sont pas irréprochables : « Beaucoup sont des traîtres. Ils saluent des meurtriers, ils chantent l’hymne du régime. » Un hymne qui avait déjà été hué lors du Mondial 2022 au Qatar, juste après la mort de Mahsa Amini. Cette année, l’ambiance promet d’être aussi lourde. Ali Eslami, un Irano-Américain venu soutenir l’équipe à Tijuana, prévoit le pire : « Chaque Iranien le sait, l’équipe le sait aussi. Je me sens mal pour les joueurs. Si j’étais dans cette situation, honnêtement, je ne pourrais pas fonctionner. »
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