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Le concours de beauté préféré du Turkménistan (et ce n’est pas pour les humains)

Chaque année, des chevaux élégants défilent sous le regard du président pour décrocher le titre du plus bel akhal-teke. Derrière ce spectacle, un pays…

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Le concours de beauté préféré du Turkménistan (et ce n'est pas pour les humains)

Chaque année, des chevaux élégants défilent sous le regard du président pour décrocher le titre du plus bel akhal-teke. Derrière ce spectacle, un pays tout entier construit son identité autour de cette race rare et sacrée.

Le 25 avril à Achkhabad, la capitale turkmène, l’étalon Hankerven a remporté le concours annuel de beauté équine. Son propriétaire a gagné un 4X4 blanc Toyota et s’est empressé de remercier le chef de l’État Serdar Berdymoukhamedov. Ce n’est pas un simple événement sportif. C’est une cérémonie nationale où le pouvoir célèbre ouvertement son animal fétiche. Les plus beaux spécimens sont offerts au président, et le show est organisé sous ses yeux. Comme le confie un éleveur de 70 ans qui préfère garder l’anonymat, il n’y a pas de concours de beauté pour les femmes au Turkménistan, mais il y en a pour les chevaux. « Chaque nation est reconnaissable et nous, Turkmènes, le sommes grâce à nos tapis et nos chevaux », ajoute-t-il, désignant le drapeau national orné de motifs de tapis et les armoiries où figure l’akhal-teke.

Le Turkménistan, ex-république soviétique riche en gaz, est l’un des États les plus fermés au monde, souvent comparé à la Corée du Nord pour son absence de libertés. Pourtant, le cheval y règne en maître. La devise officielle pour 2026, placardée partout, affirme que le pays est « la patrie des chevaux ailés déterminés ». Gourbangouly Berdymoukhamedov, l’ex-président au pouvoir de 2006 à 2022 et père de l’actuel dirigeant, déclarait l’an dernier que ces animaux sont « devenus la personnification du développement rapide de la Patrie ». La vénération de ces chevaux célestes est même présentée comme une priorité stratégique de l’État. Pour preuve, des monuments aux akhal-teke poussent régulièrement. Le dernier en date, une statue dorée de 43 mètres, représente Gourbangouly sur son cheval favori dans une pose qui rappelle Napoléon. Ce même dirigeant a fait construire la plus grande tête d’akhal-teke du monde sur l’hippodrome, inscrit son cheval au Guinness pour une performance en se cabrant, et même écrit une chanson de rap pour un poulain.

Ces chevaux sont au cœur de la diplomatie turkmène, malgré les contacts très limités avec l’extérieur. Les rares dignitaires étrangers reçoivent souvent un akhal-teke en cadeau. François Mitterrand, Vladimir Poutine et Xi Jinping en ont ainsi été gratifiés. La race, estimée entre 4 000 et 7 000 individus dans le monde, est presque exclusivement élevée dans des haras d’État au Turkménistan. En 2023, l’Unesco a inscrit l’élevage de l’akhal-teke au patrimoine immatériel de l’humanité. « C’est une réalisation majeure de la politique culturelle nationale », confie un employé de l’organisation étatique des chevaux. Un vétérinaire retraité décrit la race comme élancée, aux longues jambes, à la tête fine et aux yeux expressifs, avec un poil creux qui fait scintiller la robe au soleil. « L’akhal-teke est un merveilleux cheval de sport, endurant et agile », précise-t-il. Pour les Turkmènes, ce cheval incarne une histoire de nomades et de conquêtes, bien avant la domination russe au 19e siècle. Un symbole que le pouvoir entretient avec soin, jusqu’à en faire la clé de voûte de l’identité nationale.

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