Monde
Le chant de la résistance afghane dans l’exil pakistanais

Alors que les portes de l’asile se ferment et que les expulsions se multiplient, de jeunes musiciennes afghanes trouvent dans leur art une fragile bouée de sauvetage.
Dans l’intimité feutrée d’un logement d’Islamabad, le son étouffé d’une guitare résonne comme un acte de défi. Pour Shayma, seize ans, et sa sœur Laylama, quinze ans, cet instrument incarne l’un des derniers espaces de liberté. Elles ont fui Kaboul après le retour des talibans en 2021, nourrissant l’espoir d’un asile aux États-Unis. Un programme de réinstallation devait leur ouvrir les portes de New York, mais le gel de ce dispositif en février dernier les a laissées, avec des milliers d’autres Afghans, dans un vide juridique profond.
Cette précarité s’est accentuée avec la politique de plus en plus restrictive des autorités pakistanaises, qui multiplient les expulsions vers l’Afghanistan. Les appels lancés depuis les mosquées, enjoignant à la population de signaler les réfugiés, plongent ces communautés dans une clandestinité anxiogène. La crainte d’une arrestation et d’un renvoi forcé à la frontière rythme leur quotidien.
Pour ces jeunes femmes, un retour au pays est inconcevable. Sous le régime taliban, l’éducation des filles au-delà de douze ans est interdite et la pratique musicale est considérée comme illicite. Le père de Shayma a lui-même détruit sa guitare avant leur départ, redoutant les conséquences d’une perquisition. « Il n’y a aucun avenir en Afghanistan pour des filles comme nous », confie Zahra, dix-neuf ans, ancienne élève de la même école de musique que Shayma, la Miraculous Love Kids, aujourd’hui fermée.
Le Pakistan, qui affirme ne pas vouloir servir de « camp de transit à durée illimitée », presse les capitales occidentales d’accélérer les procédures d’évacuation. Des analystes estiment que cette pression sur les réfugiés est aussi un moyen pour Islamabad d’exercer un levier diplomatique dans un contexte régional complexe.
En attendant une issue incertaine, la musique reste leur principal recours. Confinées dans leurs appartements, elles répètent des morceaux de Coldplay ou d’Imagine Dragons, perfectionnent leur anglais et préservent ainsi une part de leur identité. « Ce n’est pas normal d’être toujours à l’intérieur, surtout pour des jeunes », regrette Zahra. Mais face à l’alternative – un retour vers l’inconnu afghan –, cette vie recluse demeure le moindre des maux. Leur guitare, fragile rempart contre l’effacement, continue de jouer en sourdine.

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