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L’autonomie de la Corse sur le fil du rasoir

Les députés ouvrent mardi un débat sensible sur un statut d’autonomie pour l’île. Derrière les mots, des visions de la République s’affrontent.

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L'autonomie de la Corse sur le fil du rasoir

Les députés ouvrent mardi un débat sensible sur un statut d’autonomie pour l’île. Derrière les mots, des visions de la République s’affrontent.

Ce mardi, l’Assemblée nationale plonge dans un sujet qui promet des étincelles. Graver dans la Constitution un « statut d’autonomie au sein de la République » pour la Corse, voilà l’objectif. Un chemin long et semé d’embûches, car pour être définitif, le texte devra être approuvé par les trois cinquièmes des parlementaires réunis en Congrès à Versailles. L’initiative remonte à 2022. Emmanuel Macron l’avait lancée pour apaiser les tensions après les violences liées à l’agression du militant indépendantiste Yvan Colonna en prison. Aujourd’hui, le projet de loi prévoit que l’île puisse obtenir des dérogations spécifiques dans ses propres lois et règlements. Le point le plus sensible reste la possibilité pour la collectivité de Corse de prendre elle-même des dispositions législatives et réglementaires, dans un cadre défini par une future loi organique dont le contenu et le calendrier restent flous.

Les débats s’annoncent âpres autour de la notion d' »intérêts propres » de la Corse, liés à son insularité méditerranéenne, sa communauté historique et son attachement à la terre. Des mots qui fâchent, car leur inscription dans la Constitution pourrait avoir des conséquences profondes. Certains députés, comme Laurent Marcangeli (Horizons), estiment que le pacte républicain doit s’adapter à la réalité corse, un territoire particulier pris en tenaille entre la loi montagne et la loi littoral. Mais d’autres s’inquiètent. François-Xavier Ceccoli (LR) redoute que cette autonomie n’ouvre la porte à des pressions de la criminalité organisée sur les élus. Le collectif antimafia Massimu Susini a d’ailleurs réclamé des garanties solides. Pour l’instant, le texte prévoit que les décrets ou lois corses devront passer par le Conseil d’État ou le Conseil constitutionnel. Ceccoli veut aller plus loin en imposant un veto préalable du gouvernement ou du Parlement, avec un silence qui laisserait le champ libre à l’île.

À droite, Marine Le Pen propose un renversement complet de la logique. Ce serait au gouvernement ou au Parlement d’habiliter la Corse à déroger à une loi nationale, et non l’inverse. Elle juge le texte actuel « dangereux » et promet de voter contre. À gauche, les socialistes sont partagés entre plusieurs cultures de la décentralisation. Les insoumis et les écologistes se disent ouverts mais réclament une clause de « non-régression environnementale et sociale » inscrite dans le texte. De son côté, l’ancien président du conseil exécutif corse Gilles Simeoni met la pression. Dans La Tribune Dimanche, il prévient qu’un échec ou une loi édulcorée serait lourd de conséquences. Le débat ne fait que commencer, et chaque camp campe sur ses positions.

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