Europe
L’Ukraine s’attaque aux entrepôts de Wildberries, le géant russe de l’e-commerce
Depuis la mi-juillet, les frappes ukrainiennes touchent une cible économique de taille, la plateforme Wildberries. Huit morts, des incendies géants et une…


Depuis la mi-juillet, les frappes ukrainiennes touchent une cible économique de taille, la plateforme Wildberries. Huit morts, des incendies géants et une pression assumée sur l’économie russe pour contraindre Moscou à négocier.
Depuis la mi-juillet, les drones ukrainiens ciblent une entreprise que l’on n’attendait pas sur le front. Wildberries, la plus grande plateforme de vente en ligne de Russie, a vu une douzaine de ses sites touchés, de la région de Saint-Pétersbourg à la Crimée annexée, en passant par Krasnodar, Riazan ou Ekaterinbourg, à plus de 1 700 kilomètres de la frontière ukrainienne. Les premières frappes, dans la nuit du 17 au 18 juillet, ont fait huit morts et près de 90 blessés dans des entrepôts proches de Moscou et dans la région de Tambov. La dernière attaque en date a mis le feu à un centre logistique à Volgograd, dans le sud de la Russie, sans faire de victime.
Wildberries n’est pas un simple site marchand. C’est un mastodonte qui traite plus de 20 millions de transactions par jour et s’appuie sur des dizaines de milliers de points de retrait, jusque dans les plus petites villes russes. Fondée en 2004, l’entreprise a à sa tête une ancienne professeure d’anglais, mère de sept enfants, aujourd’hui considérée comme la femme la plus riche de Russie avec une fortune estimée à environ 7,1 milliards d’euros. Depuis l’offensive russe de 2022, elle est aussi accusée d’aider le pays à contourner les sanctions occidentales en proposant des marchandises introuvables ailleurs. Volodymyr Zelensky assure que Wildberries stocke et expédie des composants de drones, des équipements de navigation et du matériel militaire. Une accusation rejetée par Moscou.
En visant ces entrepôts, l’Ukraine ne cherche pas seulement à brûler des colis. Denys Chtilerman, cofondateur de la société ukrainienne de défense Fire Point, explique que ces attaques touchent indirectement des dizaines de milliers d’entreprises et le système bancaire russe. Il cite la VTB, deuxième plus grande banque du pays et contrôlée majoritairement par l’État, qui a « tout misé » sur Wildberries, devenu son plus gros emprunteur. La manœuvre s’inscrit dans une campagne plus large. Depuis des mois, les drones ukrainiens visent des raffineries, des dépôts pétroliers et des navires en mer Noire et en mer d’Azov, avec des conséquences directes sur l’approvisionnement en carburant en Russie. Le président ukrainien assume cette stratégie et le dit sans détour, « La Russie doit sentir que chaque jour de guerre ne lui coûtera que plus cher. Nous devons affaiblir l’agresseur et maintenir la pression pour se rapprocher d’une fin de cette guerre. »
Sur le terrain, la facture est lourde pour les petits vendeurs. On estime que jusqu’à 800 000 commerçants vendent leurs marchandises via le réseau Wildberries. Beaucoup ont vu leur stock partir en fumée. La blogueuse Marina Gorchkova, qui vendait des cosmétiques avec son mari, raconte avoir pleuré toute la matinée à l’idée que son affaire ferme, avec 35 à 40% de ses marchandises dans les entrepôts touchés. Wildberries n’a pas chiffré les dégâts. Le groupe indique avoir versé une première aide à 88 000 structures, puis une seconde à 97 000 entrepreneurs, sans préciser les montants. Mais les plaintes se multiplient, entre vendeurs qui jugent les compensations trop faibles et d’autres qui n’ont rien reçu.
Pour rassurer, l’entreprise a lancé une vaste campagne publicitaire, invitant les Russes à continuer de commander pour « soutenir les entrepreneurs ». Mais l’inquiétude domine. Des habitants interrogés disent voir ces frappes de façon très négative, pour les commerçants comme pour les clients. Et chaque incendie ravive la même crainte, celle d’une guerre qui frappe bien au-delà des lignes de front. L’Ukraine mise sur l’usure économique pour forcer Moscou à changer de calcul. Pour l’instant, les drones continuent de voler.
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