Europe
Ceuta submergée par les migrants, Madrid envoie des renforts
Le petit territoire espagnol de Ceuta fait face à un afflux migratoire massif venu du Maroc. Pedro Sánchez s’y rend d’urgence alors que des milliers de…


Le petit territoire espagnol de Ceuta fait face à un afflux migratoire massif venu du Maroc. Pedro Sánchez s’y rend d’urgence alors que des milliers de personnes continuent d’arriver malgré les morts en mer.
Le spectacle est impressionnant sur les plages de Ceuta. Des jeunes hommes et des adolescents, souvent trempés après avoir été vus sortant de l’eau, rejoignent cette enclave espagnole posée sur la côte nord de l’Afrique. La police recense environ 40 000 traversées ces derniers jours entre le Maroc et ce territoire habité par 80 000 personnes. Dix-huit candidats à l’exil ont péri noyés pendant le passage de la frontière.
Les bilans ne coïncident pas tout à fait. La police parle de près de 40 000 passages. Les autorités régionales, elles, évoquaient jeudi plusieurs centaines de nouvelles entrées illégales, après plus de 1 500 arrivées enregistrées sur les jours précédents. Une chose est sûre, le mouvement ne faiblit pas. Un flot constant de personnes a déferlé toute la nuit, et le flux continue vendredi matin par milliers. Dans la ville marocaine de Fnideq, juste à côté de Ceuta, des jeunes rassemblés au centre-ville racontaient avoir entendu que la frontière était ouverte. Les forces marocaines ont tenté en soirée de les repousser sur la route qui longe la plage et mène vers le point de passage.
Pourquoi cette ruée soudaine ? La réponse n’est pas encore claire. Le précédent de 2021 donne une piste. En mai de cette année-là, plus de 10 000 migrants étaient arrivés à Ceuta en deux jours après un relâchement des contrôles par Rabat. Le contexte diplomatique était alors très tendu à cause de l’accueil en Espagne, pour y être soigné, du chef des indépendantistes sahraouis du Front Polisario. La brouille s’était résorbée en 2022, quand Madrid avait soutenu le plan marocain sur le Sahara occidental. Mais ce rapprochement avait fâché Alger, qui soutient le Front Polisario. Et le 20 juillet, Pedro Sánchez s’est rendu en Algérie pour la première fois en quatre ans.
Madrid réagit avec des renforts. Le chef du gouvernement espagnol est attendu vendredi matin à Ceuta, accompagné du ministre de l’Intérieur Fernando Grande-Marlaska. Il doit rencontrer les forces de l’ordre à la frontière puis les responsables régionaux. Le gouvernement annonce aussi le déploiement de soldats pour sécuriser l’enclave. Le ministre de l’Intérieur assure que des mesures vont être prises pour transférer vers le Maroc, dès que possible, toutes les personnes entrées illégalement. Côté marocain, aucun communiqué officiel n’a été publié, et la police marocaine n’a pas réagi dans l’immédiat.
Les images de ces jeunes gens sortant de l’eau ont très vite été récupérées politiquement. L’extrême droite européenne et américaine les a utilisées pour durcir son discours. La dirigeante italienne Giorgia Meloni a proposé de suspendre l’Espagne de l’espace Schengen. Madrid a répondu en convoquant l’ambassadeur italien. À Washington, deux hauts responsables de la Maison Blanche ont cité ces images pour justifier la politique migratoire répressive de Donald Trump. La France, elle, a annoncé vouloir renforcer les contrôles à ses frontières.
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