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La whey, ce déchet devenu un trésor pour l’industrie laitière

Autrefois jetée ou donnée aux animaux, la whey s’invite désormais dans les supermarchés et les menus des Américains. La demande explose, les prix flambent…

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La whey, ce déchet devenu un trésor pour l'industrie laitière

Autrefois jetée ou donnée aux animaux, la whey s’invite désormais dans les supermarchés et les menus des Américains. La demande explose, les prix flambent et la fabrication du fromage s’en trouve transformée.

Une poudre rose vif, quelques cuillères dans un verre d’eau, et la journée peut commencer. Cette sportive de 25 ans assure qu’elle n’a pas le temps de préparer des repas élaborés, alors elle mise sur un complément alimentaire dont l’étiquette promet 15 grammes de protéines. Son rituel, partagé par des millions d’Américains, n’a plus rien d’exceptionnel. La whey, c’est-à-dire la protéine de lactosérum tirée du petit-lait, se cache aujourd’hui dans des céréales, des bagels, des bretzels, des nouilles instantanées et même des nachos. Une grande marque de chips en propose, tout comme une chaîne de cafés qui décline ses boissons en version ultra-protéinée. Il y a sept ans, seuls les athlètes y touchaient. Aujourd’hui, on en trouve presque partout.

Cet engouement a des moteurs bien visibles. Les réseaux sociaux martèlent que les protéines sont un choix sain, et une tendance appelée protein maxing pousse à en consommer toujours plus, parfois sans limite. Les médicaments amaigrissants comme l’Ozempic ont ajouté une couche supplémentaire. Leurs utilisateurs veulent perdre du poids sans perdre leur masse musculaire, alors ils se tournent vers les aliments riches en protéines. Un patient de 46 ans raconte qu’il mange ces produits pour ne pas fondre en même temps que ses muscles. Même les recommandations nutritionnelles officielles ont suivi le mouvement. Elles passent de 0,8 gramme à 1,2 ou 1,6 gramme de protéines par kilo de poids corporel, avec une application prévue en mars 2026.

Mais derrière cette frénésie, il y a une réalité industrielle que beaucoup ignorent. La whey ne se fabrique pas directement. Elle est récupérée pendant la fabrication du fromage, dans ce liquide qu’on appelait autrefois petit-lait. Pendant longtemps, il servait à nourrir les bêtes ou partait à la décharge. Aujourd’hui, il faut le filtrer, le concentrer et l’isoler avec des équipements sophistiqués et coûteux. L’offre dépend donc de ce que les vaches peuvent produire, des quantités de fromage fabriquées et de la capacité des installations à transformer le lactosérum en protéines.

Les industriels laitiers américains ont vu l’évolution arriver. Ils ont injecté 13 milliards de dollars dans de nouvelles usines, des technologies et des chaînes d’approvisionnement dédiées au lactosérum. Pourtant, la demande continue de courir plus vite que l’offre. Un expert du négoce laitier explique que le marché en voudrait encore davantage. Résultat, les prix s’envolent. La whey a progressé d’environ 40% en quelques mois, et le concentré de protéines de lactosérum à 80% a bondi de près de 150% sur un an. Un prix aussi rémunérateur pousse les producteurs à fabriquer plus de fromage, simplement pour récupérer plus de lactosérum.

Dans les fermes et les fromageries, l’équilibre économique a basculé. Certains producteurs disent gagner leur argent avec la whey et couvrir leurs coûts avec le fromage. C’est une image un peu simplifiée, mais elle en dit long sur le rapport de force actuel. Le fromage reste un produit central dans les habitudes alimentaires américaines, mais les mentalités ont changé. Une conseillère qui accompagne les producteurs reconnaît que ce retournement était difficilement imaginable il y a cinq ans. La whey n’est plus un sous-produit. Elle est devenue le moteur qui tire toute une filière.

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