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La préfète qui a appris le langage du feu en une semaine

À 65 ans, Sophie Brocas ne ressemble à aucune autre préfète. Ancienne journaliste, romancière et désormais visage de la lutte contre l’incendie géant de…

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La préfète qui a appris le langage du feu en une semaine

À 65 ans, Sophie Brocas ne ressemble à aucune autre préfète. Ancienne journaliste, romancière et désormais visage de la lutte contre l’incendie géant de Gironde, elle impose sa méthode très personnelle.

Depuis une semaine, Sophie Brocas vit au rythme des flammes. À la tête de la préfecture de Gironde, cette femme de 65 ans doit faire face au plus grand incendie qu’ait connu le pays depuis 1949, avec 42 000 hectares partis en fumée. Pour tenir son rang, elle a dû assimiler en accéléré un vocabulaire technique et notamment le mot « pyrocumulonimbus », cette forme d’orage de feu jamais observée en France. Samedi dernier, en conférence de presse, elle l’a prononcé sans hésiter, après que le patron du Sdis 33 lui en a expliqué les rouages. Sa méthode tient en une phrase glissée à la presse le 18 mai, jour de sa prise de fonction à Bordeaux. « Plutôt que lire des notes, je préfère apprendre avec les pieds et découvrir un sujet avec ceux qui le vivent. » La déclaration n’est pas restée lettre morte.

Derrière ce franc-parler se cache un parcours hors normes, très éloigné de l’image du haut fonctionnaire classique. Née à Vieux-Boucau, dans les Landes, dans une famille qu’elle décrit comme « modeste et travailleuse », Sophie Brocas a été la première bachelière de sa lignée. Bien avant l’ENA, où elle est entrée en 1999 dans la promotion Nelson Mandela, elle a passé quinze ans comme journaliste à parcourir des zones de guerre. Une époque dont elle sort sans nostalgie, puisqu’elle a ensuite créé une agence de presse spécialisée dans les journaux internes avant de revendre son entreprise, lassée de « gagner du fric ». Diplômée en droit public et en sciences politiques, conseillère de François Hollande à l’Élysée puis d’Élisabeth Borne au ministère de la Transition écologique, elle a aussi dirigé les préfectures de Charente et de Dordogne. Autant de territoires qui l’ont préparée à connaître le massif forestier qu’elle défend aujourd’hui.

Car Sophie Brocas ne se contente pas d’administrer. Elle écrit aussi. Depuis dix ans, cette passionnée de lettres a publié cinq romans, dont le dernier, « Le Lit clos », paru en janvier, raconte la grève des sardinières bretonnes de 1924 à Douarnenez. Chevalier de la Légion d’honneur et membre de l’Ordre des Arts et des Lettres, elle assume une certaine originalité qui agace parfois. Dans l’entourage gouvernemental, on reconnaît que ce profil détonne. « Ce n’est pas une énarque classique, ce qui peut en déranger certains. » Mais on la décrit aussi comme « une vraie professionnelle qui a le sens de l’État, un grand sens pratique », et on assure qu’elle bénéficie de tout le soutien de l’exécutif. Dans le Loiret, où elle officiait avant la Gironde, ses anciennes collaboratrices évoquent une « préfète très humaine, très attachée à ses dossiers ». Une humanité qu’elle a montrée face aux caméras, en tancant les récalcitrants aux évacuations tout en comprenant la détresse des autres. « Partir en pleine nuit, en urgence, c’est difficile, ça fait peur, c’est traumatisant », a-t-elle lancé. Loin des formules administratives, Sophie Brocas résume sa mission en une phrase. « Je tente, à ma mesure, d’incarner un État accessible et ouvert. » L’incendie géant de Gironde est en train de mettre cette promesse à l’épreuve.

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