Monde
La Bulgarie en ébullition face à un pouvoir contesté

Pour la troisième fois en trois semaines, des dizaines de milliers de Bulgares ont convergé vers le Parlement à Sofia, exigeant le départ de l’exécutif. Ce mouvement, d’une ampleur inédite depuis des années, puise ses racines dans un profond rejet de la classe politique.
Une marée humaine a une nouvelle fois submergé la place de l’Indépendance ce mercredi. Les slogans réclamant la démission du gouvernement ont retenti aux abords de l’assemblée nationale, tandis que des pancartes exprimaient l’exaspération d’une partie de la population. Cette mobilisation, qui s’étend à plusieurs villes du pays, traduit une défiance généralisée envers les institutions.
Le déclencheur immédiat de cette colère fut la présentation, fin novembre, du projet de budget pour 2026, le premier devant être libellé en euros. Le gouvernement, confronté à une opposition virulente, a finalement retiré son texte initial, accusé par les manifestants et les partis d’opposition de masquer, par des hausses d’impôts, des détournements de fonds publics. Un nouveau projet déposé en début de semaine n’a pas apaisé les tensions.
Au-delà des questions budgétaires, le mouvement cristallise un mécontentement plus ancien, nourri par des perceptions de corruption endémique et d’opacité du pouvoir. Les manifestants ciblent également l’influence présumée de l’ancien magnat des médias Delyan Peevski, une figure controversée dont le parti assure la majorité parlementaire à la coalition au pouvoir. Cette dernière, fragile alliance formée en janvier entre les conservateurs du GERB et d’autres formations, peine à rassurer.
Le contexte de l’entrée imminente dans la zone euro, prévue pour le 1er janvier, ajoute une couche d’incertitude. L’ancien Premier ministre Boïko Borissov a laissé entendre qu’une évolution politique pourrait intervenir après cette échéance. Parallèlement, le président Roumen Radev, qui a exprimé son soutien aux protestataires et annoncé son intention de fonder un parti, pourrait chercher à tirer profit de cette crise.
Les analystes observent que cette vague de protestation, marquée par une forte participation des jeunes générations, révèle une fracture profonde entre la société civile et ses dirigeants. L’issue de cette mobilisation reste incertaine, entre la possibilité d’un remaniement politique et la persistance d’une instabilité qui caractérise la vie publique bulgare depuis plusieurs années. Le pays, régulièrement pointé pour ses problèmes de gouvernance au sein de l’Union européenne, se trouve à un nouveau carrefour.

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