Planète
En pleine canicule, ce champ est devenu le paradis des abeilles
Alors que tout jaunit autour, un agriculteur de la Marne a transformé sa parcelle en refuge fleuri pour les abeilles. Ses légumineuses résistent à la…


Alors que tout jaunit autour, un agriculteur de la Marne a transformé sa parcelle en refuge fleuri pour les abeilles. Ses légumineuses résistent à la sécheresse et régénèrent le sol, une initiative très observée dans le monde agricole
En pleine canicule, un champ de la Marne semble vivre sur une autre planète. Autour de Bouleuse, les parcelles jaunissent et se craquellent sous un soleil sans pitié, mais une parcelle affiche des fleurs violettes et jaunes, couvertes d’abeilles. L’agriculteur Arnaud Billet a semé de la luzerne et du lotier, deux légumineuses capables de puiser l’eau très profondément dans le sol. La pluie n’est pas tombée depuis deux mois et demi, et pourtant ces plantes ont continué de pousser là où le blé récolté il y a un mois laisse une terre nue.
Voilà douze ans qu’Arnaud Billet a tourné le dos à l’agriculture conventionnelle pour appliquer les principes de l’agriculture régénératrice. Concrètement, il ne travaille plus le sol, car les racines de ces plantes s’enfoncent loin sous terre et vont chercher l’humidité dont elles ont besoin. Cette méthode réduit l’impact humain sur la terre et prépare le terrain aux sécheresses à venir. Le jour où la pluie reviendra, toute l’eau s’infiltrera au lieu de ruisseler, un atout énorme pour l’environnement.
Cette floraison estivale ne profite pas qu’au sol. Elle offre un banquet aux abeilles, alors que la canicule les met en danger. L’apiculteur Philippe Lecompte explique que la chaleur frappe les ruches de deux façons. D’abord, les plantes assoiffées ne produisent plus de nectar, la ressource alimentaire des abeilles. Ensuite, les insectes dépensent leur énergie à refroidir la ruche au lieu de fabriquer du miel. Résultat, les récoltes de miel ont chuté en moyenne de 30% depuis le début de l’été, selon les premiers chiffres de Fanny Cadoux, apicultrice et administratrice d’InterApi. Sur la parcelle-test de Bouleuse, les insectes se bousculent pour butiner les fleurs, et les vingt ruches installées là peuvent souffler.
Pour Philippe Lecompte, cette expérience a tout d’une excellente initiative, d’autant qu’elle est facile à reproduire et très regardée dans le milieu agricole. La luzerne, déjà bien ancrée dans l’économie régionale, s’avère particulièrement adaptée. Mais d’autres plantes comme la chicorée pourraient aussi jouer ce rôle en résistant aux épisodes secs tout en restant mellifères. À plus grande échelle, l’apiculteur Henri Clément rappelle qu’il faudra aussi replanter des arbres et des haies, un levier fondamental pour mieux gérer les territoires face au bouleversement climatique.
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