Europe
En Albanie, le projet touristique de Jared Kushner en pleine tempête
Des milliers d’Albanais manifestent contre un complexe de luxe porté par le gendre de Donald Trump dans une zone protégée. Entre opacité financière et…


Des milliers d’Albanais manifestent contre un complexe de luxe porté par le gendre de Donald Trump dans une zone protégée. Entre opacité financière et litiges fonciers, le projet cristallise les tensions.
Tout a commencé au printemps 2024. Jared Kushner et sa femme Ivanka Trump annoncent leur intention de construire des hôtels de luxe en Albanie. Concrètement, il s’agit d’un complexe avec villas à Zvernec, dans la région côtière de Vjosa‑Narta, et d’un resort sur l’île de Sazan, une ancienne base militaire inhabitée. Mais depuis, les contours du projet restent flous. Fin 2024, le gouvernement albanais a accordé un statut d’investisseur stratégique à une entreprise liée au fonds de Jared Kushner, ce qui permet des procédures accélérées. Pourtant, le bureau du Premier ministre Edi Rama assure qu’aucun accord définitif n’existe pour Sazan. En janvier 2026, Ivanka Trump s’est rendue sur place avec architectes et investisseurs, et a dîné avec le Premier ministre. Les montants annoncés varient : 1,4 milliard d’euros pour Sazan, 4 milliards pour Zvernec selon Rama. Mais qui met vraiment l’argent ? L’entreprise censée gérer le projet, Sazan Real Estate Development LLC, n’a même pas de trace légale. Les autorités albanaises renvoient vers une holding qatarie, sans clarifier la part de Kushner ou d’Ivanka Trump.
Le projet suscite une vive opposition, notamment des écologistes. La zone de Vjosa‑Narta est protégée : elle abrite des espèces rares, dont des flamants roses, devenus le symbole des manifestations. En janvier, plus de quarante ONG ont demandé sa suspension. Mais les inquiétudes ne sont pas que environnementales. La question des droits de propriété est explosive en Albanie. Depuis l’abolition de la propriété privée sous le régime communiste d’Enver Hoxha en 1945, puis le chaos des années 1990, des milliers de familles réclament encore leurs terres. Certaines affirment posséder une partie des terrains cédés pour ce projet. Des litiges anciens se mêlent donc à l’opacité des procédures. Des vidéos récentes montrent des bulldozers sur la plage et des travaux préparatoires, ce qui a accéléré la colère. Fin mai, à Zvernec, des manifestants pacifiques ont été blessés par des gardes de sécurité privés après avoir protesté contre l’installation de barbelés bloquant l’accès à la plage.
Depuis, le mouvement a pris de l’ampleur. À Tirana, des milliers de personnes se sont rassemblées trois soirs de suite pour exiger l’annulation du projet et la reconnaissance des titres de propriété des anciens propriétaires. Sous la pression, le parquet spécial anticorruption (SPAK) a ouvert une enquête. Elle porte sur les changements de statut de la zone protégée, les modifications légales qui ont permis de signer des contrats sans appel d’offres, et l’origine des fonds. Le SPAK confirme l’enquête mais ne donne pas de détails. En attendant, les manifestants restent mobilisés, et les questions sans réponse s’accumulent.
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