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Des milliers de témoignages en ligne bousculent la justice et la présomption d’innocence

En quelques jours, plus de 5 600 personnes ont raconté anonymement des violences sexuelles sur une plateforme créée après la mort de la petite Lyhanna.…

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Des milliers de témoignages en ligne bousculent la justice et la présomption d’innocence

En quelques jours, plus de 5 600 personnes ont raconté anonymement des violences sexuelles sur une plateforme créée après la mort de la petite Lyhanna. Mais la publication des noms des agresseurs présumés déclenche une vive polémique sur les limites de la parole libérée.

La plateforme s’appelle « Classés sans suite ». Elle est née juste après la découverte du corps de Lyhanna, 11 ans, et la mise en examen de Jérôme Barella, déjà visé par plusieurs plaintes pour agressions sexuelles et viols. Son objectif est simple : offrir un espace d’expression à toutes les victimes de violences sexistes et sexuelles, qu’elles aient porté plainte ou non. Sur le site, chacun peut décrire ce qu’il a subi en précisant l’année, le lieu et le statut de l’affaire. Une femme de Pontivy raconte avoir été agressée dans des cars et donne le nom de l’homme qu’elle accuse. Une Rennaise témoigne d’une agression dans un parking près de son lycée en 2013. Une autre explique avoir subi des violences de son demi-frère entre sept et neuf ans, avec une plainte classée sans suite. Autant d’histoires qui mettent en lumière un chiffre glaçant : selon le ministère de la Justice, 70% des plaintes pour viol en France sont classées sans suite.

Clémence Andrieux, membre du collectif à l’origine du projet, assume la possibilité de citer des noms. Elle rappelle que les victimes sont responsables de ce qu’elles écrivent et que la parole sur une expérience personnelle ne viole pas, selon elle, la présomption d’innocence. Elle insiste : la plateforme ne cherche pas à faire du « name and shame », mais à montrer les défaillances de la justice et de la société, trop souvent favorables aux agresseurs. Pourtant, des voix s’élèvent pour dénoncer ce procédé. L’avocate Anne Bouillon, qui défend des victimes depuis vingt ans, comprend le besoin viscéral de parler et de dénoncer. Mais elle rappelle que la justice doit se rendre dans les tribunaux, pas sur un site internet. Arnaud Gallais, président de l’association Mouv’enfants et lui-même victime d’inceste, va dans le même sens. Il explique avoir donné le nom d’un de ses agresseurs uniquement après sa mort, par peur de provoquer des messages de haine. Pour lui, même si la plateforme répond à un besoin réel, il faut éviter de tomber dans la vengeance privée.

La fondatrice du site, la réalisatrice féministe Eve Simonet, s’est mise en retrait depuis le lancement. Elle est elle-même visée par une accusation d’agression sexuelle. Cette situation montre à quel point le sujet est sensible et complexe. La plateforme offre une bouffée d’air à celles et ceux qui n’ont jamais été crus ou entendus. Mais elle pose une question fondamentale : comment concilier la libération de la parole avec les principes juridiques qui protègent les accusés tant qu’ils ne sont pas condamnés ? Un débat qui ne fait que commencer, alors que des milliers de témoignages continuent d’affluer, en attendant que la justice, elle aussi, trouve des réponses.

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