Culture
Cinq pays, une même offensive contre les droits LGBT+ en Afrique
Depuis 2023, plusieurs États d’Afrique de l’Ouest adoptent des lois qui criminalisent l’homosexualité, parfois pour la première fois de leur histoire.…


Depuis 2023, plusieurs États d’Afrique de l’Ouest adoptent des lois qui criminalisent l’homosexualité, parfois pour la première fois de leur histoire. Entre calculs politiques, conservatisme religieux et rejet de l’Occident, ces textes changent la donne pour les personnes LGBT+ sur le continent.
Le phénomène n’est pas isolé. En deux ans, cinq pays ont durci leur arsenal législatif contre les minorités sexuelles. L’Ouganda a ouvert la voie en 2023 avec une loi parmi les plus répressives au monde. Le crime d’« homosexualité aggravée » y est passible de la peine de mort même si cette sentence n’est plus appliquée depuis des années. Puis le Burkina Faso a voté en septembre 2025 un texte prévoyant jusqu’à cinq ans de prison pour les « pratiques homosexuelles ». Une première pour ce pays sahélien. Le Niger a suivi en février 2026 en promulguant discrètement un nouveau code pénal qui punit le mariage entre personnes de même sexe de vingt ans d’emprisonnement. Au Sénégal, les peines sont passées de cinq à dix ans de prison en mars 2026. Et au Ghana, le Parlement a décidé le mois dernier de frapper les relations homosexuelles de trois ans de prison, et la promotion des activités LGBT+ de trois à cinq ans. Depuis le début de l’année, plus d’une centaine de personnes ont été arrêtées au Sénégal et un homme condamné à six ans de prison ferme.
Pourquoi ce durcissement soudain ? La réponse est d’abord politique. Plusieurs experts interrogés pointent des calculs électoralistes. Dans des sociétés très conservatrices, les dirigeants cherchent à séduire un électorat majoritairement hostile à l’homosexualité. Au Sénégal, le président Bassirou Diomaye Faye et son ex-Premier ministre Ousmane Sonko ont besoin de résultats rapides après deux ans au pouvoir. Le pays croule sous la dette et connaît une grogne sociale, notamment dans les universités. En ciblant les minorités sexuelles, les autorités créent une unanimité qui dépasse les clivages politiques. Au Niger comme au Burkina, les juntes militaires au pouvoir utilisent ces lois pour afficher une souveraineté revendiquée face à l’ancienne puissance coloniale française. L’homosexualité est présentée comme une importation occidentale qu’il faut rejeter pour préserver l’identité culturelle et religieuse locale.
La dimension religieuse est centrale. Dans ces pays à forte majorité musulmane ou chrétienne, des groupes islamiques et évangéliques mènent une croisade contre les droits LGBT+. Au Sénégal, des prédicateurs formés dans les pays arabes sont en première ligne. Certains observateurs évoquent aussi des financements venus de mouvements conservateurs américains. La communauté internationale réagit timidement, craignant de froisser des régimes déjà hostiles. Pourtant, des pressions existent. Au Ghana, le président John Dramani Mahama doit encore ratifier la loi votée par le Parlement. Il est pris entre les forces nationales qui réclament cette criminalisation et les institutions internationales comme la Banque mondiale ou les gouvernements européens qui menacent de sanctions économiques. Le pays pourrait devoir choisir entre fermeté identitaire et accès aux financements étrangers. En attendant, les personnes LGBT+ vivent dans la peur, même dans les pays où l’homosexualité était déjà taboue.
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