Société
Des crayons en apesanteur, une chorégraphie artistique dans l’Airbus Zéro-G


L’artiste française Elise Parré a expérimenté l’apesanteur à bord d’un avion spécialement aménagé, transformant des crayons de couleur en une étonnante composition flottante.
Huit crayons de couleur solidarisés forment une structure mouvante évoquant un céphalopode, évoluant avec grâce dans la cabine de l’Airbus A310 Zéro-G. L’artiste plasticienne Elise Parré, lors de son premier vol en impesanteur, a pu observer cette création insolite flottant à ses côtés. Elle décrit une expérience sensorielle intense, dépassant ses attentes, particulièrement fascinée par le ballet imprévu des instruments graphiques.
Ce vol parabolique, organisé par la société Novespace, filiale du Centre national d’études spatiales, reproduit les conditions de microgravité rencontrées en orbite. Pendant vingt-deux secondes, l’artiste a évolué librement dans l’habitacle, tête en bas, captant chaque mouvement avec sa propre caméra installée devant un fond noir. La cabine, équipée de sangles et filets de sécurité, offre un environnement propice aux expérimentations artistiques et scientifiques.
L’inspiration initiale remonte à une invention d’Alexeï Leonov, premier cosmonaute à avoir réalisé une sortie extravéhiculaire. Passionné de dessin, il avait conçu un système ingénieux pour emporter ses crayons dans l’espace. L’artiste française en a proposé une réinterprétation personnelle, visant à donner une existence autonome à cet assemblage.
La manœuvre parabolique consiste en une montée à quarante-cinq degrés suivie d’une phase de descente, créant une fenêtre d’impesanteur à environ dix mille mètres d’altitude. Cette séquence, répétée une trentaine de fois durant le vol de trois heures, permet diverses investigations sous la supervision constante d’une équipe technique.
Pour Elise Parré, cette expérience concrétise une vision imaginative, mêlant dimension absurde et réminiscences enfantines. La configuration évoquant un animal marin lui semble particulièrement signifiante. Elle projette désormais de développer une œuvre à partir des mouvements capturés durant ce vol, tout en poursuivant son travail graphique au sol avec ces mêmes crayons.
Ces résidences artistiques en microgravité, proposées depuis 2014 par l’Observatoire de l’Espace du CNES, constituent un terrain d’exploration singulier. Elles permettent aux créateurs de s’affranchir des contraintes terrestres et d’investir un environnement extraterrestre. Plusieurs artistes ont déjà produit des céramiques, sculptures tridimensionnelles et gravures exploitant les particularités de l’apesanteur.
Parmi les réalisations marquantes figure une sculpture papiers conçue par Eduardo Kac et réalisée par Thomas Pesquet à bord de la Station spatiale internationale. Plus récemment, un dispositif dénommé Oscar, capable de générer des partitions musicales à partir de paramètres spatiaux, a été installé sur l’ISS. Cette création, développée en collaboration avec les équipes du CNES, produira à son retour sur Terre près d’une année de compositions pour piano et synthétiseur modulaire.





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