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Dans l’est de la RDC, la médecine ancestrale face au virus Ebola

Alors qu’aucun vaccin n’existe contre la souche qui progresse, des guérisseurs traditionnels affirment pouvoir soigner la maladie. Leur rôle divise entre…

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Dans l’est de la RDC, la médecine ancestrale face au virus Ebola

Alors qu’aucun vaccin n’existe contre la souche qui progresse, des guérisseurs traditionnels affirment pouvoir soigner la maladie. Leur rôle divise entre espoir des communautés et inquiétude des autorités sanitaires.

Mariam Kabika arpente son jardin à Bunia, dans la province de l’Ituri. Elle cherche des feuilles d’eucalyptus, d’avocatier, de manguier et de papayer. Cette guérisseuse espère y trouver les ingrédients d’un remède contre Ebola. L’épidémie actuelle est causée par une souche rare, Bundibugyo, contre laquelle il n’existe ni vaccin ni traitement homologué. Avec son époux Dauda Tshimanga, elle assure avoir mis au point un médicament à base de plantes. Leur cabinet est une case au toit de chaume, loin de la maison familiale. À l’intérieur, gri-gris, parfums contre les mauvais esprits et décoctions s’entassent dans ce qu’ils appellent le “laboratoire des ancêtres”. Si les plantes ne suffisent pas, Dauda Tshimanga invoque les esprits pour demander le secours des ancêtres.

Sur le mur, une liste en lettres rouges énumère les maux qu’il prétend soigner faiblesse sexuelle, typhoïde, hernie. Ebola s’y est ajouté. Sa méthode une inhalation de plantes bouillies, matin, midi et soir pendant trois jours. Depuis le début de cette 17e épidémie en RDC, aucun patient n’a tenté le traitement. Mais lui affirme que lors des précédentes épidémies, “beaucoup de personnes qui arrivaient en saignant, avec de la fièvre” ont été guéries par des méthodes traditionnelles. Pourtant, la médecine traditionnelle n’est pas officiellement associée à la riposte. Dauda Tshimanga se dit prêt à contribuer.

Dans une région où les infrastructures de santé sont défaillantes, de nombreux habitants se tournent vers les tradipraticiens. Cette profession n’est pas reconnue en RDC, même si elle est censée être encadrée par une licence. Souvent, les maladies sont attribuées à un “empoisonnement” par un voisin, un collègue ou un parent. Certains malades d’Ebola se croient victimes d’un sort et consultent des guérisseurs qui administrent des remèdes sans dosage ni contrôle. Un médecin de Bunia déplore que cela retarde le diagnostic et la prise en charge. Les patients arrivent alors dans les structures de santé dans un état critique. L’épidémie a circulé plusieurs semaines avant d’être identifiée, et beaucoup pensaient être frappés par une “maladie mystique”. Des chefs traditionnels ont même été accusés d’avoir lancé un mauvais sort.

Malgré ces risques, les guérisseurs restent incontournables dans les zones rurales de l’Ituri, où l’État est largement absent et les groupes armés commettent des massacres. Les équipes de riposte se heurtent à la défiance des populations. Les autorités sanitaires internationales estiment qu’une riposte efficace doit intégrer les communautés et leurs rites. Lors d’une précédente flambée à Bulape en 2025, les autorités coutumières ont utilisé un rituel d’isolement pour mettre en quarantaine des cas suspects, et interdit le lavage des corps. Aujourd’hui, la riposte tarde à s’organiser seulement 45% des contacts sont suivis. Des responsables distribuent du matériel de protection aux tradipraticiens et leur demandent d’orienter les patients vers les centres de santé. Dauda Tshimanga lui-même le reconnaît “L’épidémie d’Ebola existe réellement et elle tue les gens. On ne doit pas la négliger.”

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