Politique
Ces enfants réfugiés donnent vie à la photo argentique en Turquie
Dans le sud-est de la Turquie, un atelier photo dirigé par des enfants turcs et réfugiés fait renaître l’argentique. Une manière de tisser des liens entre…


Dans le sud-est de la Turquie, un atelier photo dirigé par des enfants turcs et réfugiés fait renaître l’argentique. Une manière de tisser des liens entre communautés et de redonner confiance à ceux qui ont fui la guerre.
Ici, à Mardin, la lumière rouge de la chambre noire éclaire des visages concentrés. Zeynep, huit ans, observe une image qui prend forme sur le papier. Un photographe lui demande jusqu’où va sa curiosité. Sa réponse est simple et grande. Jusqu’au bout du monde. Comme elle, sept autres enfants participent à ce projet baptisé Fotohane Darkroom. Ils viennent de familles défavorisées ou réfugiées de la province, aux portes de l’Irak et de la Syrie. Chaque geste compte. Charger la pellicule, la développer, imprimer les photos. Les enfants mènent tout de A à Z. Ce sont eux qui fixent leurs propres règles sur le terrain. Une autonomie rare qui les responsabilise.
Dans la vieille ville de Mardin, ses ruelles étroites et ses murs dorés attirent les touristes. Mais derrière les boutiques et les cafés, vivent des familles qui ont tout perdu. Parmi elles, Yahya, Sam, Yusuf et Nihal ont fui Damas entre 2014 et 2015, quand les djihadistes de l’État islamique avançaient. Serbest Salih, l’un des fondateurs du projet, connaît bien cette route. Lui aussi a quitté Kobane en Syrie quand l’EI a pris le contrôle. Depuis son arrivée en Turquie, il tisse des ponts entre communautés. Il parle turc, kurde, arabe, anglais. Dans sa vieille caravane, il sillonnait les villages frontaliers pour organiser des ateliers dès 2015. Son credo ne change pas. Avec l’argentique, pas de gommette magique. Les enfants réfléchissent à chaque image, sachant qu’ils n’en découvriront que 36 à la fin. Et leurs photos sont magnifiques.
La chambre noire, les enfants l’appellent la chambre magique. C’est là que leurs images saisies dans le viseur prennent vie. Voir la photo apparaître sur le papier blanc leur procure un sentiment très spécial. Ils se disent qu’ils ont réussi à créer ça tout seuls. Le projet est soutenu par des expositions à l’étranger. Cet été, les travaux des petits photographes seront montrés en Italie, en Belgique, au Royaume-Uni et en Indonésie. Et les deux initiateurs ne comptent pas s’arrêter là. Ils veulent reprendre la route avec leur chambre noire dans une caravane, pour aller former d’autres enfants dans d’autres régions. Offrir leur savoir-faire, et surtout, continuer à ouvrir des fenêtres sur un monde que ces enfants réinventent à leur manière.
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