Politique
L’art en mouvement de Soto retrouve son écrin unique au Venezuela
Après des années à l’abandon, le musée conçu sur mesure pour les œuvres de Jesus Rafael Soto a rouvert à Ciudad Bolivar. Ce lieu rend hommage à un artiste…


Après des années à l’abandon, le musée conçu sur mesure pour les œuvres de Jesus Rafael Soto a rouvert à Ciudad Bolivar. Ce lieu rend hommage à un artiste qui faisait du spectateur le vrai moteur de ses créations.
Le bâtiment lui-même est une pièce d’exception. Signé par le célèbre architecte vénézuélien Carlos Villanueva, le musée a été pensé en étroite collaboration avec Soto. Chaque détail répond aux besoins de ses sculptures cinétiques. Les hauts plafonds permettent de suspendre les tiges métalliques des fameux « pénétrables ». Une salle sans aucune fenêtre a même été spécialement conçue pour que le jeu de lumières et de couleurs prenne toute son ampleur. Villanueva et Soto étaient amis et avaient déjà travaillé ensemble pour le Pavillon du Venezuela à l’exposition universelle de Montréal en 1967. Ce musée, inauguré en 1973 dans la ville natale de l’artiste, est le résultat de cette complicité créative.
L’œuvre maîtresse s’appelle « Rotante Amarillo y Plata ». Un grand disque mû par un moteur fait tourner des tiges jaunes et argentées, éclairées depuis le sol. C’est l’une des rares pièces de Soto à intégrer un moteur. Car l’artiste avait sa propre philosophie il disait que le vrai moteur devait être l’œil du public. Pour lui, l’œuvre ne devait pas rester immobile. Elle devait bouger, vibrer, se transformer sous le regard de celui qui la contemple. Le spectateur devient alors une partie essentielle de l’installation. Cette idée, il l’a explorée dès les années 1950 à Paris, où il a participé à l’exposition historique « Le Mouvement » aux côtés de Vasarely et d’autres pionniers.
Né en 1923 dans une famille modeste, Soto dessinait au charbon faute de crayons. Des bourses lui ont permis d’étudier à Caracas puis à Maracaibo avant de s’envoler pour la France. Là-bas, sa carrière a décollé. Aujourd’hui, ses œuvres sont exposées dans les plus grands musées du monde, du Centre Pompidou à la Fondation Louis Vuitton. Le musée de Ciudad Bolivar ne montre pas que son travail. On y trouve aussi des pièces d’artistes qui l’ont influencé ou qu’il admirait, comme Carlos Cruz-Diez, Henryk Berlewi ou Victor Vasarely. Oasis Bolivar, une guide du musée, résume l’ambition de Soto : faire en sorte que l’œuvre ait une vie propre. Et pour cela, elle a besoin de nous.
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