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Au Venezuela, le Tachira produit du courant mais subit les pénuries pendant que Caracas reste allumée

Dans l’ouest du Venezuela, des habitants du Tachira vivent des délestages à répétition alors que leur région génère de l’électricité envoyée vers la…

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Au Venezuela, le Tachira produit du courant mais subit les pénuries pendant que Caracas reste allumée

Dans l’ouest du Venezuela, des habitants du Tachira vivent des délestages à répétition alors que leur région génère de l’électricité envoyée vers la capitale. Entre blocages nocturnes, casseroles et ras-le-bol, la colère gronde contre un partage jugé injuste.

Le Tachira, dans l’ouest du Venezuela, n’en peut plus. Les pannes de courant y reviennent chaque jour, alors que cet Etat dispose d’une centrale thermique capable de produire environ 70 mégawatts, de quoi répondre à la demande locale selon l’ancien député régional Heriberto Labrador. Sauf qu’une grande partie de cette électricité part vers le Système interconnecté national, donc vers Caracas, où les coupures sont bien plus rares. Josner Herrera, secrétaire de 38 ans, ne mâche pas ses mots. Elle se dit épuisée et dénonce un système où le courant pourrait être disponible en permanence, mais où il faut alimenter la capitale pour éviter que les quartiers défavorisés se soulèvent.

Heriberto Labrador l’a répété lors d’une prise de parole publique. Si le Tachira produit plus que nécessaire, le surplus peut aller ailleurs, mais les besoins locaux doivent passer d’abord. Il estime qu’il manque surtout un gouvernement décidé à défendre le meilleur pour cet Etat. Sur le terrain, plusieurs communes ont connu jusqu’à 26 heures sans électricité, et les interruptions de plus de cinq heures sont devenues habituelles. Ces coupures paralysent le commerce et fragilisent gravement la chaîne du froid des agriculteurs et des éleveurs, avec de lourdes pertes. Les foyers particuliers encaissent aussi, entre nourriture qui se gâte et appareils qui souffrent.

L’exaspération a poussé des habitants à bloquer de nuit la route qui relie le Tachira à l’Etat voisin de Barinas. Ils ont manifesté avec des casseroles et des klaxons. Irma Villasmil, 48 ans, sous-directrice de banque à San Cristobal, ne décolère pas. Elle trouve incroyable que les habitants du Tachira soient ainsi moqués alors qu’ils subissent ces privations depuis des années. Selon elle, les rationnements persistent simplement parce que Caracas ne peut pas rester sans courant. Son réfrigérateur est tombé en panne deux fois, raconte-t-elle, le retour de l’électricité s’accompagnant parfois de surtensions. Elle lance que la province ne doit pas payer les pots cassés sous prétexte que la capitale a la priorité, et parle d’une véritable injustice. Le gouverneur Freddy Bernal, en poste depuis près de cinq ans, a évité le sujet lorsqu’il a été interrogé.

Face à cette crise, le gouvernement de la présidente par intérim Delcy Rodriguez a engagé des réformes dans le pétrole et les mines pour attirer des capitaux étrangers. Mais ces industries consomment elles aussi beaucoup d’électricité. La dirigeante, qui gouverne sous pression de Washington après la capture de Nicolas Maduro, a transmis au pouvoir législatif une réforme du secteur électrique, toujours pas approuvée. Elle a aussi conclu avec les Etats-Unis un accord qui cède 20 % des gigantesques réserves pétrolières du Venezuela. Des contrats ont été noués avec des entreprises étrangères d’électricité comme GE Vernova pour retrouver 5 000 mégawatts en quatre ans.

Le chantier reste immense. Pour le député d’opposition Ezio Angelini, le Venezuela produisait 20 000 mégawatts et en consommait environ 12 000 avant l’arrivée de Hugo Chavez au pouvoir en 1999. Aujourd’hui, la production quotidienne moyenne atteint 12 000 mégawatts alors qu’il en faudrait au moins 14 000. Lors d’une visite au Venezuela, le secrétaire américain à l’Energie Chris Wright a insisté sur l’urgence de remettre ce secteur d’aplomb. Il assure qu’une énorme capacité de production existe déjà mais ne fonctionne pas, et qu’elle peut être réactivée. Des gigawatts pourraient ainsi être ajoutés assez vite au réseau en remettant en marche une partie des infrastructures existantes. En attendant, la lassitude gagne le Tachira et d’autres régions. Des manifestations ont eu lieu à Barinas, à Valence, à 170 km de Caracas, et à Maracaibo, la capitale pétrolière. Le gouvernement a annoncé une réduction de la journée de travail dans le secteur public pour tenter d’apaiser la crise électrique, mais plusieurs quartiers de Caracas commencent eux aussi à subir des coupures.

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