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Au Bhoutan, la noisette redessine l’avenir des paysans himalayens
Sur les pentes abruptes du royaume, des milliers de familles ont troqué leurs cultures vivrières contre des noisetiers. Un pari patient, porté par une…


Sur les pentes abruptes du royaume, des milliers de familles ont troqué leurs cultures vivrières contre des noisetiers. Un pari patient, porté par une entreprise sociale, qui commence tout juste à porter ses fruits.
Quand on a proposé à Pema Dema de planter des noisetiers sur son exploitation, elle ignorait de quoi il s’agissait. Dix ans plus tard, cette agricultrice de 59 ans contemple plus de 140 arbres accrochés à la pente escarpée qui domine sa maison, dans la région de Punakha, à quelques encablures de la capitale Thimphou. Comme elle, des milliers de paysans bhoutanais ont misé sur ce fruit à forte valeur ajoutée, dont la demande grimpe sur les marchés internationaux, en s’appuyant sur Mountain Hazelnuts, une entreprise à vocation sociale fondée en 2009.
Le contexte s’y prêtait. Dans ce royaume de moins de 800 000 habitants, plus de 40 % de la population active vit de l’agriculture, mais l’essentiel de cette production sert d’abord à nourrir les familles elles-mêmes. Le relief himalayen complique tout. Les pentes raides, souvent impossibles à labourer, souffrent de l’érosion provoquée par des pluies violentes. Or le noisetier résiste bien à ces conditions. Pema Dema, qui cultive la terre depuis quarante ans, s’est lancée en 2016. « Je me suis dit que la culture de la noisette serait plus rentable », raconte-t-elle en balayant du regard la vallée encaissée et ses rizières en terrasses.
Mountain Hazelnuts a été la première entreprise agricole du pays à être intégralement financée par des investissements directs étrangers, avec l’ambition de doper la production nationale. Dès 2011, elle a distribué plus de 145 000 jeunes plants à environ 800 producteurs, après avoir vérifié que les terrains convenaient et que cette culture ne supplanterait pas les productions existantes.
Dawa Dhendup, 82 ans, a sué des années durant pour faire pousser des pommes de terre sur ses pentes. « C’était un travail pénible qu’il fallait recommencer chaque année. Une fois plantés, les noisetiers produisent sur le long terme », se félicite l’octogénaire, qui possède aujourd’hui quelque 1 400 arbres. Ils sont désormais 9 000 familles à cultiver la noisette sur 24 000 hectares à travers le Bhoutan. Les débuts, pourtant, n’ont pas été simples.
L’entreprise a dû composer avec le changement climatique. La variété distribuée au départ réclamait environ trois mois de températures fraîches pour bien se développer. Avec la hausse du thermomètre, les arbres plantés aux altitudes les plus basses ne profitent parfois plus que de six semaines de froid. La solution est venue de greffes réalisées avec des variétés géorgiennes, moins exigeantes en période froide, pour les arbres cultivés entre 1 600 et 2 400 mètres.
Reste que les premiers fruits n’arrivent qu’après plusieurs années, même dans les meilleures conditions. Certains agriculteurs, y compris des voisins de Pema Dema et de Dawa Dhendup, ont manqué de patience et abandonné. Plusieurs commencent à revenir sur leur décision. « Les prix augmentent. Aujourd’hui, ils regrettent et sont envieux », observe Dawa Dhendup, qui, comme la plupart des producteurs, ne tire pas encore de revenus significatifs de ses arbres.
L’entreprise veut relever les prix d’achat et, avec des arbres qui arrivent à maturité et des rendements promis à la hausse, les revenus devraient suivre. Les investisseurs ont déjà injecté 36 millions de dollars dans Mountain Hazelnuts. Son directeur général, Sean Watson, espère dégager une trésorerie positive d’ici 2031 et atteindre 10 000 tonnes, contre 30 tonnes aujourd’hui. Les vergers commencent à livrer leur plein potentiel et la production devrait au moins doubler chaque année, selon lui.
Pema Dema, elle, assure avoir déjà trouvé son compte. Assise près de grands paniers remplis de noisettes en train de sécher, elle souligne un bénéfice inattendu. Les racines de ses arbres retiennent la terre et l’empêchent de glisser vers sa maison lors des fortes pluies. « Chaque année, les rendements augmentent. Si j’avais eu davantage de terres, j’en aurais planté davantage. »
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