Politique
Au Mozambique, des pêcheurs bloqués par un carburant devenu trop cher
Des centaines de petites barques restent à quai sur la côte de Maputo. La flambée du prix du gazole et de l’essence, décidée par le gouvernement début…


Des centaines de petites barques restent à quai sur la côte de Maputo. La flambée du prix du gazole et de l’essence, décidée par le gouvernement début mai, empêche les pêcheurs de prendre la mer.
Carlos Nguenha observe les bateaux de bois qui dansent mollement sur l’eau. Il est vice-président du Conseil communautaire des pêcheurs, une association qui représente plus de 1 800 marins sur la Costa do Sol. Depuis le début du mois, la hausse des prix du carburant a plongé leur quotidien dans l’incertitude. « L’impact est dramatique pour nous », confie-t-il. La plupart de ces pêcheurs sont les seuls soutiens de leur famille, sans autre source de revenus.
Le gouvernement mozambicain a augmenté le prix de l’essence de 12 % et celui du diesel de près de 46 %. Ce dernier atteint désormais 1,57 euro le litre, un record dans un pays classé deuxième plus pauvre du monde. Avec 81 % de la population vivant avec moins de trois dollars par jour, cette hausse frappe de plein fouet une majorité déjà fragile. Les files d’attente s’allongent dans les stations-service, et certains renoncent à leur voiture pour prendre les transports en commun.
Eduardo Alexandre et son équipage ont dû rentrer bredouilles après plus de vingt-quatre heures en mer. « Il nous manquait dix litres de carburant pour continuer jusqu’aux eaux poissonneuses », raconte-t-il, épuisé. Pour contourner la pénurie, beaucoup achètent de petites quantités dans des bouteilles en plastique, une pratique interdite par le gouvernement. Les bidons homologués coûtent entre 35 et 40 euros. « Où trouver cet argent ? Nous utilisons nos propres récipients depuis l’enfance », s’indigne Carlos Nguenha.
Sur le marché voisin, les étals sont presque vides. Quelques poissons écaillés, mais à des prix qui grimpent. Martinha Djive, vendeuse de 42 ans, s’inquiète pour ses enfants : « Sans carburant, il n’y a pas de pêche. La crise touche tout le monde. » Carlota Mabasso, une autre commerçante, voit ses clients reculer devant les prix. « Si mon mari et moi ne travaillons pas, ce sera difficile pour les enfants », ajoute Pércia Nguenha, mère de trois enfants.
Le Mozambique possède pourtant d’immenses richesses naturelles, notamment un méga-projet gazier de TotalEnergies dans le nord. Mais ce chantier est entravé par une insécurité jihadiste. Selon la Banque mondiale, la marge de manœuvre budgétaire du pays est très limitée face aux chocs extérieurs comme la guerre au Moyen-Orient. L’économiste Teresa Boene résume : « Le carburant est le moteur de l’économie. Cette hausse se répercute sur tous les biens et services. Les plus vulnérables paient l’addition. »
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