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Au Brésil, livreurs et chauffeurs VTC deviennent un vrai poids politique

Ils sont des centaines de milliers à quadriller les rues du pays. Leur colère monte et les candidats à la présidentielle les courtisent comme jamais.

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Au Brésil, livreurs et chauffeurs VTC deviennent un vrai poids politique

Ils sont des centaines de milliers à quadriller les rues du pays. Leur colère monte et les candidats à la présidentielle les courtisent comme jamais.

Joao Paulo Teixeira a 20 ans. En bermuda et tongs sur son scooter électrique, il slalome dans le trafic de Rio de Janeiro pour livrer des repas. Il travaille plus de dix heures par jour, six jours sur sept. Son objectif est simple enchaîner un maximum de courses. « Les livraisons, c’est comme le crack, je ne peux pas m’en passer », dit-il. Avec ce rythme infernal, il gagne entre 120 et 170 euros par semaine, bien plus que le salaire minimum brésilien. Mais au prix d’une vie entièrement dédiée à l’écran et à la route. Comme lui, des milliers de livreurs et chauffeurs VTC sont pris dans l’engrenage des plateformes. Et ils commencent à s’organiser.

En avril dernier, une grande mobilisation a paralysé plusieurs grandes villes du Brésil. Les livreurs protestaient contre un projet de loi censé encadrer leur activité. Ils estimaient que le revenu minimum proposé par course était ridiculement bas. La pression a été telle que les parlementaires ont repoussé l’examen du texte sine die. Le gouvernement de Lula a réagi en promettant d’augmenter ce revenu minimum et en annonçant des crédits avantageux pour acheter une moto. Mais pour beaucoup, ces gestes restent insuffisants. Le Brésil compterait officiellement 274 000 livreurs de plateformes, un chiffre jugé très sous-estimé par les spécialistes. Depuis la pandémie, ce secteur a explosé et il est devenu un enjeu électoral de premier plan.

L’élection présidentielle d’octobre s’annonce serrée. Lula, 80 ans, brigue un quatrième mandat. Son principal adversaire devrait être le fils aîné de Jair Bolsonaro. Les livreurs, eux, ne se reconnaissent ni dans la gauche ni dans la droite classiques. Leur vote est jugé flottant, donc très convoité. Certains ont voté Bolsonaro en 2022 mais hésitent aujourd’hui. « Je ne sais pas encore quel camp me sera le plus favorable », confie Paulo, ancien moniteur d’auto-école devenu livreur à vélo. Guilherme, 23 ans, gagne le double de son ancien salaire de serveur mais ne se sent « représenté par personne ». La gauche, traditionnellement proche des syndicats et du secteur formel, peine à parler aux travailleurs précaires. La droite, elle, met en avant la liberté et l’autonomie des livreurs, tout en disant vouloir une régulation pour des conditions plus sûres et une rémunération juste.

Les livreurs sont pris dans un étau. Ils veulent gagner leur vie dignement sans perdre leur flexibilité, mais les plateformes les pressent. Certains politiques proposent des bonus pour l’alimentation de ceux qui « amènent à manger aux gens mais ont souvent le ventre vide ». D’autres créent des fronts parlementaires pour défendre leur cause. Une chose est sûre ce n’est plus une catégorie invisible. Elle roule, elle crie, et les candidats sont obligés de l’écouter.

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