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Après le mégafeu, Le Porge se mue en camp retranché

Le Porge, commune de Gironde la plus touchée par les flammes, vit dans la peur. Entre craintes de cambriolages et soupçons de pyromanie, ses habitants…

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Après le mégafeu, Le Porge se mue en camp retranché

Le Porge, commune de Gironde la plus touchée par les flammes, vit dans la peur. Entre craintes de cambriolages et soupçons de pyromanie, ses habitants surveillent les rues jour et nuit.

Le Porge n’a plus rien d’une station balnéaire paisible. À une quarantaine de kilomètres de Bordeaux, cette commune de 3 500 habitants, prise entre la forêt et l’océan, vit sous tension. Les gendarmes contrôlent chaque carrefour. Les automobilistes doivent prouver leur identité. Les visages se ferment devant les inconnus. Les regards s’attardent sur les habitacles. Le village, d’ordinaire fréquenté par les surfeurs et les touristes, ne laisse plus entrer n’importe qui. En grande partie évacué, il a pris des airs de camp retranché.

Les habitants ont pris les choses en main. Certains montent la garde toutes les quatre heures, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Sylvain Sallaud a fermé sa rôtisserie pour surveiller les allées et venues. La nuit, un hélicoptère de la gendarmerie survole les quartiers déserts. « Il y a eu des tentatives de cambriolages », raconte le commerçant. Un jeune géomètre fait voler son drone au-dessus des ruines. À la place des paysages soignés, il ne reste que des champs brûlés, des carcasses de voitures et des gravats. Les rumeurs s’ajoutent aux rumeurs. De faux bénévoles se cacheraient dans les cuves des pick-ups pour vider les maisons encore debout. Des pyromanes ont été interpellés après avoir jeté des cocktails Molotov en lisière de forêt. La mairie, elle, confirme les tentatives de cambriolage et ces interpellations.

L’angoisse gagne tout le monde. Pauline Metral, architecte installée au Porge depuis six ans, parle d’une « psychose générale ». Son logement n’a plus d’électricité. Le groupe électrogène tourne sans arrêt. Elle raconte que les gendarmes leur ont conseillé de se méfier même des voisins. Des récits circulent sur des rôdeurs déguisés en journalistes ou en pompiers. Chaque histoire grossit au fil des discussions. Le traumatisme reste profond. 183 habitations ont été détruites. Le mégafeu a ravagé 42 000 hectares.

Bruno T. regarde son terrain, les yeux rougis. Sa maison, montée de ses mains il y a vingt-deux ans, n’a plus ni toit ni fenêtres. « C’était mon seul patrimoine », lâche-t-il. Il devait fêter sa retraite. Son fils, à côté de lui, est remonté. Certains habitants ont fait les stars devant les caméras venues du monde entier, dit-il, mais personne ne les a vus quand le mur de feu approchait. La colère vise aussi les secours. Beaucoup de Porgeais ont le sentiment d’avoir été délaissés au profit du Cap-Ferret, ce coin plus chic où les célébrités passent leurs vacances. Bruno T. en est convaincu. Quand les flammes dépassaient dix mètres de haut, les renforts sont partis pour Lège-Cap-Ferret. « Ils ont agi sur ordre, mais de qui ? » Un collectif de plus de 700 habitants en colère veut porter plainte au pénal et faire la lumière sur la chaîne des responsabilités.

Le maire, Martial Zaninetti, refuse de lancer des accusations. « Des choix peut-être judicieux ont été faits, car ça brûlait ailleurs. Mais nous devons entendre la douleur des gens et leur apporter des réponses. » Le même reproche avait déjà surgi en 2022, quand Landiras et La Teste-de-Buch s’étaient opposés après le grand incendie. Les autorités répètent que les arbitrages visaient avant tout à sauver des vies.

Au cœur du village, loin des barrages, la salle des fêtes reste un îlot de répit. Elle est devenue une cantine improvisée. Autour des repas partagés, habitants, pompiers et forces de l’ordre se retrouvent. Mais les conversations reviennent toujours au même sujet. En attendant les experts des assurances, personne ne se fait d’illusions. La crise est loin d’être terminée. La mairie se prépare à une deuxième bataille, psychologique, juridique, financière et matérielle. « Tout le monde va relever les manches. Tout le monde veut reconstruire », promet Martial Zaninetti.

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