Politique
Albanie la révolte des flamants roses contre un projet Trump
Depuis 20 jours, des milliers d’Albanais manifestent contre un complexe de luxe dans une réserve naturelle. Ce projet lié à Ivanka Trump et Jared Kushner…


Depuis 20 jours, des milliers d’Albanais manifestent contre un complexe de luxe dans une réserve naturelle. Ce projet lié à Ivanka Trump et Jared Kushner cristallise la colère contre le Premier ministre Edi Rama.
Vendredi, ils étaient encore des milliers à défiler dans les rues de Tirana pour le 20e jour consécutif. Dans la foule, des drapeaux albanais claquent et des slogans fusent. « Rama pars », « annule le projet », « l’Albanie n’est pas à vendre ». Un symbole flotte au-dessus des têtes des flamants roses en carton, devenus l’emblème de cette mobilisation. Le projet immobilier prévoit des hôtels de luxe sur la côte et sur l’île de Sazan, un site protégé où nichent des centaines d’oiseaux migrateurs. Les manifestants ne veulent pas seulement stopper ce chantier. Ils réclament aussi une refonte de la loi sur les zones protégées, qui selon eux ouvre la porte à d’autres constructions destructrices.
Le mouvement a pris de l’ampleur après l’installation de clôtures, de barbelés et de bulldozers sur les plages de Zvernec, à une centaine de kilomètres de la capitale. Des affrontements ont éclaté entre habitants et agents de sécurité privée. Depuis, les marches s’enchaînent. La police a déjà inculpé 27 personnes pour avoir dévié des itinéraires autorisés lors d’une précédente manifestation. Plus tôt dans la semaine, 35 autres ont été arrêtées pour avoir bloqué l’autoroute reliant Tirana à son aéroport. Mais la répression ne freine pas l’élan. Des militants écologistes, comme Denisa Kasa, saluent déjà des avancées, notamment un moratoire sur les constructions dans les espaces protégés. Ce répit permettrait de geler tous les nouveaux chantiers le temps d’un réexamen.
Au-delà de la défense des flamants roses et des dunes, cette contestation révèle un ras-le-bol plus profond. Edi Rama est au pouvoir depuis treize ans. Beaucoup d’Albanais voient dans ce projet un symbole de l’impunité des élites et du pillage des ressources naturelles. Le biologiste Xhemal Xheri résume le sentiment général en expliquant que le combat ne porte pas seulement sur un hôtel. Il s’agit de savoir si le pays va protéger ses derniers sanctuaires de biodiversité ou les sacrifier à des intérêts privés. La réponse des autorités dans les jours à venir décidera si cette colère citoyenne peut vraiment inverser la tendance.
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