Nous rejoindre sur les réseaux

Europe

À Vologda, l’alcool et l’avortement sont devenus les obsessions d’un gouverneur en campagne

Un ancien kickboxeur devenu gouverneur impose dans le nord de la Russie sa vision des valeurs traditionnelles, entre croisade anti-alcool et restrictions…

Article

le

À Vologda, l'alcool et l'avortement sont devenus les obsessions d'un gouverneur en campagne

Un ancien kickboxeur devenu gouverneur impose dans le nord de la Russie sa vision des valeurs traditionnelles, entre croisade anti-alcool et restrictions drastiques sur l’avortement. En septembre, il mène la liste du parti de Vladimir Poutine pour les législatives.

À plus de 450 kilomètres au nord de Moscou, la région de Vologda sert de banc d’essai à la politique des « valeurs traditionnelles » défendue par le Kremlin. Guéorgui Filimonov y siège depuis 2023, d’abord comme gouverneur par intérim, puis après une élection confortable l’année suivante. L’homme affiche 46 ans, une carrure de souleveur de fonte, des lunettes sans monture, et maîtrise l’espagnol comme le français. Ancien kickboxeur, il aime aussi fréquenter les intellectuels. Sa région, qui compte environ un million d’habitants, partage son nom avec sa capitale. Dans le territoire voisin de Iaroslavl, une plaisanterie circule, racontée par un ouvrier de 31 ans croisé à Vologda. Quand les gens d’ici débarquent là-bas, ce serait pour l’alcool, l’essence ou pour avorter.

Sur l’avortement, le gouverneur a frappé très fort. L’accès à l’interruption volontaire de grossesse a été resserré au point que des organisations de défense des droits humains évoquent une interdiction de fait. Aucun texte officiel ne bannit pourtant l’IVG dans la région. Le verrouillage passe par d’autres canaux, des normes non législatives et des mesures jugées illégales, notamment des pressions administratives exercées sur les cliniques. Une responsable du Fonds de stockage de contraceptifs d’urgence décrit une méthode autoritaire et régressive. Résultat, les avortements clandestins se multiplient et des femmes prennent la route vers les territoires limitrophes pour se faire opérer. Une étudiante de 19 ans résume le sentiment ambiant. Pour elle, cette décision devrait rester une affaire personnelle.

Deuxième pilier de son action, le combat contre l’alcool. Là, un cadre légal existe bel et bien. La mesure la plus visible cantonne la vente de boissons alcoolisées en magasin à une plage horaire réduite, en semaine. Dans une supérette du centre-ville, une femme de 52 ans remplit son panier de Château Rouge, un vin russe, et le vit comme une brimade. Tout le monde est contre, assure-t-elle, agacée d’être obligée d’acheter de grosses quantités d’un seul coup.

Le discours du gouverneur épouse celui du pouvoir central. En juin, lors d’un débat aux côtés de l’idéologue ultranationaliste Alexandre Douguine, il a présenté son pays comme menacé sur deux fronts, la dépopulation et un génocide par l’alcool orchestré depuis l’étranger, autrement dit par les pays occidentaux qui soutiennent l’Ukraine depuis février 2022. Vladimir Poutine tient lui aussi ce registre, dénonçant un Occident décadent et une influence délétère sur une Russie assiégée, dont la natalité n’a jamais été aussi basse depuis deux siècles. Début 2024, Guéorgui Filimonov affirmait pourtant que sa région avait surmonté le dépeuplement. Il a également fait ériger une statue de Joseph Staline dans sa ville, voyant dans le dictateur soviétique une personnalité hors du commun. Le Kremlin n’y a rien trouvé à redire, lui qui a laissé réinstaller une statue du même homme dans le métro moscovite l’an dernier. Un historien britannique installé en Russie, qui a dirigé un ouvrage collectif auquel le gouverneur a contribué, le décrit sans détour. Il croit réellement à ce qu’il raconte, il ne joue pas un rôle, il est pieux et conservateur.

Place désormais à la campagne électorale. Le gouverneur figure en tête de liste de Russie unie, la formation du président, dans sa propre région, pour les législatives des 18, 19 et 20 septembre. Son entrée à la chambre basse du Parlement ne fait guère de doute, tant l’opposition a été muselée. Une inconnue demeure toutefois. Le principe de la « locomotive » lui permettrait de renoncer à son siège une fois élu, histoire de le céder à des colistiers. Interrogé, il n’a pas donné suite aux demandes d’entretien.

À lire aussi

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus