Europe
Golf, business et sortie qui fâche, le week-end irlandais de Donald Trump
Le président américain a mis le feu en se prononçant sur l’unité de l’Irlande, avant de filer vers son complexe de golf sur la côte ouest. Entre tournoi…

Le président américain a mis le feu en se prononçant sur l’unité de l’Irlande, avant de filer vers son complexe de golf sur la côte ouest. Entre tournoi, affaires familiales et soupçons de conflit d’intérêts, la parenthèse diplomatique aura été bien courte.
La séquence n’aura pas traîné. Samedi, à Dublin, Donald Trump a lâché une phrase que personne n’attendait. Il serait « fantastique », selon lui, de voir l’Irlande « unifiée », avant d’ajouter que « cela finirait par arriver ». Une sortie qui rompt avec la neutralité habituellement de mise sur un sujet aussi sensible. Londres n’a pas mis longtemps à répondre, en rappelant que rattacher l’Irlande du Nord au sud n’est « pas d’actualité ».
Après avoir rencontré la présidente et le chef du gouvernement irlandais, le dirigeant américain a mis le cap sur le complexe de golf qui porte son nom, sur la côte ouest. Il repart dimanche soir. Mais l’étape compte, car sa vraie raison de venir tient à l’Open d’Irlande, qu’il va suivre sur place. Face à Micheal Martin, le Premier ministre irlandais, il a vanté son parcours, « l’un des meilleurs du monde » à l’en croire. Le responsable irlandais a de son côté assuré que les 784 habitants de la bourgade voyaient cet investissement avec reconnaissance, et que la famille du président était « la bienvenue ». Il faut dire qu’il est arrivé avec deux de ses fils, Eric et Don Jr, qui pilotent les affaires familiales depuis son retour à la Maison Blanche.
Sur le site, environ 40 000 personnes sont attendues. Et le président, dont la présence booste la visibilité de la compétition, pourrait bien remettre le trophée en fin de journée. Il en a profité pour saluer les golfeurs du pays, notamment Shane Lowry, en vue au début du tournoi, et Rory McIlroy, champion nord-irlandais qui a déjà partagé une partie avec lui.
Le décor, lui, n’a rien d’anodin. Le parcours serpente entre les dunes du comté de Clare, le long d’une côte sauvage, et il a déjà été visé à deux reprises par des manifestants pro-palestiniens en dix-huit mois. La sécurité a donc été musclée, avec environ 4 000 membres des forces de l’ordre irlandaises et américaines mobilisés, épaulés par des dispositifs antidrones.
Ce goût du golf ne va pas sans critiques. Donald Trump se présente volontiers comme un bon joueur, ce que conteste un journaliste sportif américain dans un livre paru en 2019. Il y raconte qu’à force de déplacer ses balles du pied, le républicain aurait hérité du surnom de « Pelé », en référence à la légende brésilienne du ballon rond. Le président joue presque chaque week-end sur l’une des propriétés de sa famille, près de Washington, non loin de New York ou en Floride. C’est d’ailleurs dans son club proche de Miami qu’il recevra en décembre le sommet annuel du G20. Un mélange des genres que l’opposition démocrate dénonce comme de la corruption et du népotisme, des accusations qu’il écarte d’un revers de main.
Les chiffres alimentent le débat. D’après ses déclarations financières, il a engrangé plus de 2 milliards de dollars de revenus en 2025, l’année de son retour au pouvoir, contre un peu plus de 600 millions en 2024. On lui reproche aussi d’avoir accepté un avion qui lui a été offert, celui-là même qui l’a amené en Irlande, d’avoir encouragé le développement des cryptomonnaies alors que sa famille y est très impliquée, ou encore d’avoir réalisé des opérations boursières sur des entreprises dont le cours dépend de ses décisions et de ses déclarations.
Pour Richard Painter, professeur de droit à l’université du Minnesota, le cas est inédit. « Depuis la guerre de Sécession (1861-1865), nous n’avons pas eu de président aux Etats-Unis dont les activités économiques présentent un conflit d’intérêt » de cette nature, souligne-t-il. Et l’énergie déployée à promouvoir ses intérêts « peut envoyer le message à un grand nombre de personnes, d’entreprises, de gouvernements étrangers ou autres, que soutenir ses propriétés ou faire affaire avec ses sociétés est un moyen de s’attirer les faveurs du président », avertit cet ancien conseiller juridique de George W. Bush.
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