Société
À 8 ans, on lui a promis trois mois d’exil. 89 ans plus tard, elle n’est jamais rentrée
Carmen Cid fait partie des derniers survivants des « Niños de la Guerra ». Embarquée à 8 ans pour le Royaume-Uni en 1937, elle n’est jamais retournée vivre…


Carmen Cid fait partie des derniers survivants des « Niños de la Guerra ». Embarquée à 8 ans pour le Royaume-Uni en 1937, elle n’est jamais retournée vivre en Espagne.
En mai 1937, Carmen Cid monte à bord du SS Habana à Santurce, près de Bilbao. Elle a 8 ans. Avec sa sœur Edurne et son frère José Luis, elle quitte l’Espagne déchirée par la guerre civile. Direction Southampton, en Angleterre. Sur le bateau, il y a 4 000 enfants. On leur dit qu’ils reviendront dans trois mois. « Tous les enfants criaient et pleuraient. Je n’oublierai jamais », raconte Carmen aujourd’hui, à 97 ans, dans sa maison du nord-ouest de l’Angleterre. Elle fait partie des derniers témoins de cette page d’histoire.
La guerre civile espagnole éclate en 1936, après un soulèvement militaire contre le gouvernement républicain de gauche. Elle dure jusqu’en 1939 et se termine par la victoire des insurgés, menés par Franco. Le père de Carmen, Francisco, ouvrier naval et soutien des républicains, est emprisonné de 1937 à 1949. Sa mère, Frutosa, infirmière, entend parler des évacuations d’enfants organisées pour les protéger des bombes, de la faim et des pénuries. Elle prend une décision déchirante : envoyer ses trois enfants loin. Au total, entre 32 000 et 50 000 enfants quittent l’Espagne en 1937 et 1938. La plupart vont en France, mais aussi en Belgique, au Royaume-Uni et en Union soviétique.
Carmen, Edurne et José Luis sont d’abord hébergés dans un foyer à Brampton, près de Carlisle. Puis ils sont placés dans des familles d’accueil. Carmen est recueillie par la famille Alford, un lithographe sympathisant des républicains espagnols. Ses frère et sœur atterrissent dans des familles écossaises, près de Glasgow. Mais les expériences diffèrent. « Mon oncle n’a pas eu autant de chance, raconte Luis, le fils de Carmen. La famille qui l’a accueilli manquait de moyens et ne s’est pas aussi bien occupée de lui. » Carmen, elle, reste chez les Alford jusqu’à son mariage à 23 ans. Elle quitte l’école à 14 ans, travaille dans une usine de confection, puis rencontre Clifford Eckersley, un coiffeur de Carlisle. Elle se marie, a deux enfants. Ses parents, libérés, réussissent à s’exiler en France puis en Écosse. Mais Carmen ne retourne pas vivre en Espagne. « J’ai l’impression qu’on m’a volé une partie de ma vie. Je m’étais promise que si j’avais des enfants, je ne m’en séparerais jamais », confie-t-elle. Aujourd’hui, elle comprend l’espagnol mais a du mal à le parler. Elle préfère s’exprimer en anglais.
Sur les 4 000 enfants arrivés à Southampton en mai 1937, la plupart sont finalement rentrés en Espagne. Mais environ 500 n’ont pas pu le faire, leurs parents étant emprisonnés ou morts. Carmen et sa fratrie font partie de ceux-là. Pour préserver leur mémoire, l’association Basque Children 37 a été créée en 2002. Elle recense aujourd’hui quatre survivants au Royaume-Uni, dont Carmen. À 97 ans, elle porte encore le poids de cette séparation, mais elle a tenu sa promesse. Elle n’a jamais laissé ses enfants.
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