Monde
Les Américains votent et Donald Trump est dans toutes les têtes
D’Anchorage à Miami, des électeurs ont confié leurs attentes et leurs colères au fil d’un scrutin de mi-mandat décisif. Pouvoir d’achat, immigration…

D’Anchorage à Miami, des électeurs ont confié leurs attentes et leurs colères au fil d’un scrutin de mi-mandat décisif. Pouvoir d’achat, immigration, guerre et poids de Donald Trump ont nourri les discussions.
À Anchorage, il fait zéro degré au matin et une soixantaine de personnes agitent des pancartes pour Dan Sullivan, le sénateur républicain sortant, venu les saluer en personne. Les montagnes enneigées veillent sur la scène. Mais une drôle d’affaire empoisonne la campagne sénatoriale locale. L’équipe de la démocrate Mary Peltola est accusée d’avoir poussé un homonyme de Dan Sullivan à se présenter, manière de semer la confusion et de siphonner quelques voix au sortant. James Weise, retraité de 72 ans, vient de voter pour le républicain et ne décolère pas. Pour lui, c’est de la fraude, ni plus ni moins. Dans les bureaux de vote, les agents électoraux racontent que beaucoup d’habitants se sont prononcés par anticipation, indice d’une participation plus élevée qu’à l’ordinaire.
À Washington, Wes Pyron, 37 ans, résume la soirée en une formule. Ce scrutin est selon lui un référendum sur le second mandat de Donald Trump. Sauf que les enquêtes d’opinion penchent côté démocrate, et ce trentenaire s’en méfie profondément. La défaite d’Hillary Clinton face à Donald Trump en 2016 le hante encore. Alors il ne prête plus la moindre attention aux sondages. À Atlanta, en Géorgie, Mike, 34 ans, manager afro-américain dans l’informatique, a voté pour placer le gouvernement Trump sous contrôle. Il attend une grande vague bleue, la couleur du Parti démocrate. À la mi-journée, dans un bureau de vote de la ville, pas de file interminable, mais un défilé continu d’électeurs qui ressortent souvent avec un autocollant « I voted » sur le revers de la veste.
Gabrielle Schlueter, 69 ans, retraitée afro-américaine vêtue de noir et masquée, raconte qu’elle ne votait pas systématiquement démocrate. Elle choisissait la meilleure personne, un point c’est tout. Mais aujourd’hui, elle ne se sent pas capable d’apporter la moindre once de soutien aux républicains. Plus loin dans le pays, l’aile gauche du parti assume ses couleurs. Abdul Al-Sayed, candidat dans le Michigan, deviendrait en cas de victoire le premier sénateur musulman des États-Unis. À Detroit, Mackenzie Currie, 28 ans, se réjouit de pouvoir voter pour lui. Au Texas, c’est un profil modéré, James Talarico, qui porte les espoirs démocrates face au républicain Ken Paxton, avec des sondages favorables. À Dallas, Mary Wolf accueille l’idée avec tristesse. Son mari, qui préfère taire son prénom, est convaincu que le socialisme ne fonctionne pas et brandit l’exemple français. À Miami, Maru Restrepo, 70 ans, électeur d’origine colombienne, juge les démocrates devenus trop socialistes et trop musulmans.
Les préoccupations du quotidien reviennent dans presque toutes les bouches. Tom, 27 ans, interrogé à Atlanta, parle d’une génération entière un peu frustrée par la crise du pouvoir d’achat, le prix de l’essence et ce qui se trame à l’étranger. Dans la même ville, Donta Comer, 38 ans, réclame un changement pour les citoyens lambdas, et il se présente lui-même comme l’un d’eux. Brian Rowe, qui travaille à l’American University de Washington, ajoute la guerre désastreuse contre l’Iran, responsable d’une flambée des carburants, et estime qu’elle doit cesser. Du côté de Doral, en Floride, Andres Gutierrez, salarié du crédit immobilier d’origine vénézuélienne, admet que des politiques migratoires doivent exister, avant de juger que la politique actuelle n’est pas la bonne approche. À New York, Quishaun Hill, 44 ans, s’alarme des agissements irresponsables et proprement inhumains qu’il prête à la police de l’immigration dans la mise en œuvre de la ligne anti-immigration présidentielle. Plusieurs interventions d’agents fédéraux ont provoqué l’indignation depuis le retour de Donald Trump au pouvoir, dont la mort de deux citoyens américains à Minneapolis en début d’année.
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