Nous rejoindre sur les réseaux

Politique

Yves Lacoste, le père de la géopolitique française, s’est éteint à 96 ans

Disparu samedi dernier, le géographe Yves Lacoste a bouleversé sa discipline en démontrant que la géographie sert avant tout à analyser les rapports de…

Article

le

Yves Lacoste, le père de la géopolitique française, s’est éteint à 96 ans

Disparu samedi dernier, le géographe Yves Lacoste a bouleversé sa discipline en démontrant que la géographie sert avant tout à analyser les rapports de force et les conflits. Il laisse derrière lui une école de pensée démocratique devenue incontournable.

En 1976, il fait l’effet d’une bombe dans le monde feutré de la géographie universitaire. Son livre, « La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre », torpille les certitudes. À l’époque, le mot « géopolitique » est presque tabou chez les géographes français. On enseigne surtout la géographie physique, les reliefs, les climats. Lui, il remet le politique au centre de la carte. Et ça dérange.

Agrégé, professeur à Paris VIII, Yves Lacoste n’a jamais été un géographe de salon. Il a arpenté l’Afrique du Nord et le Vietnam. C’est d’ailleurs sur le terrain vietnamien qu’il a marqué les esprits. En 1972, alors que les avions américains bombardent les digues du fleuve Rouge, il publie une enquête choc. Il prouve cartes à l’appui que ces frappes ne sont pas des hasards. Elles visent à noyer des centaines de milliers de personnes en exploitant la topographie et l’hydrologie. Son travail contribue à l’arrêt des bombardements. La géographie devient une arme de compréhension concrète du monde.

Pour diffuser cette approche, il fonde la revue Hérodote, référence pour tous ceux qui veulent décrypter les conflits contemporains. Ancien membre du Parti communiste français, qu’il quitte après l’invasion soviétique de la Hongrie en 1956, il reste marqué par les questions d’identité et de pouvoir. Jusqu’à ses derniers ouvrages, il n’hésite pas à s’attaquer à des sujets sensibles comme l’islamisme radical ou l’héritage colonial. Béatrice Giblin, qui a travaillé avec lui, résume son héritage : il a réconcilié la géographie avec l’histoire et en a fait un outil citoyen pour penser les rapports de force. Une révolution discrète mais durable.

À lire aussi

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus