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Une lueur numérique sans éclat pour les Iraniens

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Après près de trois mois de coupure, le retour d’Internet en Iran suscite plus de résignation que d’enthousiasme, entre connexions instables et restrictions persistantes.

La décision des autorités iraniennes de rétablir l’accès au réseau mondial après une interruption de quatre-vingt-huit jours n’a pas provoqué l’euphorie attendue. Mise en place le 28 février, au lendemain d’une attaque américano-israélienne ayant déclenché un conflit, cette coupure avait également été utilisée lors des grandes contestations de début 2026. Dès mardi, le gouvernement a amorcé un retour progressif à la normale, mais les témoignages recueillis dans tout le pays révèlent une réalité contrastée.

Les utilisateurs ont confirmé que les connexions par wifi à domicile fonctionnaient à nouveau, permettant d’accéder à des services haut débit. Pourtant, la couverture mobile demeure largement défaillante, de nombreux sites restent filtrés et les applications de messagerie peinent à s’ouvrir. « Ce n’est pas de la joie que je ressens, c’est plutôt l’impression de passer du pire au médiocre », confie Bahareh, nutritionniste de trente-deux ans à Téhéran. « Avant même cette guerre, nous n’avions jamais vraiment connu un Internet libre. »

Les restrictions imposées depuis des années sur les réseaux sociaux et les plateformes d’information internationales ont habitué les Iraniens à un quotidien numérique sous contrainte. Le recours aux logiciels VPN, souvent coûteux, est devenu une nécessité. « C’était toujours la même galère : acheter un accès, tenter de se connecter à n’importe quel site, subir la lenteur, les sanctions, le filtrage, et tout le cirque des VPN », résume Bahareh. Shiva, soixante-cinq ans, constate que même avec un VPN installé sur son téléphone Samsung, le Google Play Store refuse de s’ouvrir. Son fils, équipé d’un iPhone, peut accéder à l’App Store, mais certaines applications restent inaccessibles.

Mahtab, coiffeuse de soixante-deux ans à Téhéran, a dû racheter un VPN pour utiliser WhatsApp et garder le contact avec sa fille vivant à l’étranger. « Internet n’est pas encore revenu chez moi, mais pour d’autres si, même si la connexion ne cesse d’être interrompue », explique-t-elle. L’organisation Article 19, basée au Royaume-Uni, évoque des informations contradictoires sur l’étendue de la reprise, certaines estimations ne plaçant le taux de connectivité qu’à trente-neuf pour cent. De nombreux Iraniens, y compris ceux qui gèrent des entreprises en ligne, signalent des débits faibles et un accès toujours impossible aux réseaux sociaux.

L’ONG Netblocks, qui avait qualifié cette coupure de plus longue de l’histoire moderne à l’échelle d’un pays, indique que le service reste fortement filtré, avec des restrictions nouvelles sur les services de messagerie et les portails d’applications par rapport à la période antérieure à janvier. La société suisse Proton a enregistré une hausse spectaculaire de six mille pour cent des souscriptions à son VPN depuis mardi.

Le rappeur iranien Toomaj, condamné à mort en 2024 pour avoir soutenu les manifestations de 2022 puis libéré, a estimé sur le réseau social X qu’être connecté à Internet n’est pas une faveur accordée par le pouvoir, mais un droit. « Au même titre que des élections libres, la liberté d’expression, la liberté de réunion ou celle des partis, ce sont nos droits et non des privilèges », a-t-il écrit. La journaliste Elaheh Mohammadi, arrêtée pour avoir couvert la mort en détention de Mahsa Amini en 2022, a également posté sur X : « Un par un, nous nous reconnectons au réseau que nous connaissions et nous nous laissons des messages. Cette vie humiliante n’était pas ce que nous méritions. »

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