Culture
Un trésor cinématographique de Méliès ressuscité aux États-Unis
La redécouverte d’un film perdu du pionnier français, conservé pendant plus d’un siècle dans un coffre familial, éclaire d’un jour nouveau les balbutiements du septième art.
Un coffre familial, transmis de génération en génération entre le Michigan et la Pennsylvanie, a livré un secret exceptionnel. À l’intérieur, un lot de vieilles bobines en nitrate, jugées sans valeur par un antiquaire en raison de leur inflammabilité, s’est révélé contenir une œuvre considérée comme disparue. Il s’agit d’un film de quarante-cinq secondes réalisé en 1897 par Georges Méliès, intitulé « Gugusse et l’Automate ».
L’arrière-petit-fils d’un projectionniste itinérant de la fin du XIXe siècle, Bill McFarland, a pris l’initiative de confier ces pellicules fragiles au Centre national de conservation audiovisuelle de la Bibliothèque du Congrès, à Culpeper en Virginie. Les experts ont immédiatement identifié la rareté. Cette copie, probablement de troisième génération, comble une lacune dans le catalogue de l’illusionniste et cinéaste français, dont l’œuvre a souvent été victime de contrefaçon ou a été détruite, notamment pour la production de matériel militaire pendant la Grande Guerre.
Le court métrage restauré met en scène Méliès lui-même, dans le rôle d’un magicien aux prises avec un automate. Par un jeu de montage ingénieux pour l’époque, la créature mécanique grandit, assène un coup à son créateur, puis rétrécit sous les coups de marteau avant de disparaître. Les spécialistes saluent la précision technique et l’humour intemporel de cette séquence, qui précède de cinq ans le célèbre « Voyage dans la Lune ».
Cette découverte doit son existence aux pérégrinations de William DeLyle Frisbee, l’arrière-grand-père de Bill McFarland. Agriculteur en Pennsylvanie, cet homme organisait des projections itinérantes dans les campagnes, équipé d’un phonographe et plus tard d’un projecteur. Ses carnets de voyage, annotés de remarques sur des publics parfois difficiles, témoignent de cette épopée du cinéma forain.
Après une minutieuse opération de numérisation, la bobine, dont l’état de conservation est jugé remarquable compte tenu de son stockage hasardeux, a rejoint les collections de la Bibliothèque du Congrès. Elle y est désormais préservée dans des conditions optimales, aux côtés de dizaines de milliers de films de l’âge d’or hollywoodien. « Gugusse et l’Automate » est aujourd’hui accessible au public, offrant un nouveau fragment de l’histoire des premiers temps du cinéma.
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