Monde
Un Parlement fantôme se lève à Naypyidaw

Pour la première fois depuis le putsch de 2021, l’assemblée législative birmane a entamé ses travaux. Sa composition, issue d’un scrutin décrié, consacre la mainmise des forces armées sur les institutions.
L’hémicycle de Naypyidaw a rouvert ses portes ce lundi dans un contexte politique figé. Cette session inaugurale, la première depuis la prise de pouvoir par l’armée il y a cinq ans, marque l’aboutissement formel d’un processus électoral organisé fin 2023 et début 2024. Le scrutin, boycotté par la communauté internationale et jugé non représentatif, a accordé une écrasante majorité au Parti de l’union, de la solidarité et du développement, une formation créée par d’anciens militaires et loyale à la junte.
L’ordre du jour initial prévoit l’élection des présidents des deux chambres. La Chambre basse a entamé la procédure en matinée. Selon la Constitution en vigueur, un quart des sièges du Parlement sont automatiquement réservés à des officiers en activité, garantissant ainsi un bloc de vote incontournable aux forces armées. La plupart des autres sièges reviennent à des partis alignés sur la ligne du pouvoir.
Cette configuration institutionnelle ouvre la voie à une transition formelle vers un gouvernement civil, attendu pour le mois prochain. Le chef de la junte, le général Min Aung Hlaing, est largement pressenti pour endosser la fonction de président de la République. Certains observateurs estiment néanmoins qu’il pourrait préférer conserver la réalité du pouvoir depuis son poste à la tête de l’armée, laissant un civil occuper la présidence. Dans les deux cas, l’influence militaire resterait prépondérante.
La tenue de ces élections et la reconstitution du Parlement sont perçues par de nombreux analystes comme une manœuvre destinée à offrir une légitimité de façade au régime. Le vote n’a pu se dérouler dans de vastes régions du pays en proie à des conflits, et l’espace politique a été drastiquement réduit pour l’opposition. La Ligue nationale pour la démocratie, le parti d’Aung San Suu Kyi, vainqueur des dernières élections libres en 2020, a été dissous et sa dirigeante incarcérée.
Le putsch de février 2021 avait mis un terme brutal à une décennie d’ouverture démocratique et plongé le pays dans un conflit interne complexe. Des milliers de militants pro-démocratie ont rejoint les rangs de groupes ethniques armés historiquement opposés au pouvoir central, engageant une résistance multiforme contre la junte. La réunion du nouveau Parlement intervient dans ce climat de violence persistante et de profondes divisions nationales.

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