Monde
Un exorciste de 27 ans attire les foules près de Fatima et l’Église catholique monte au créneau
Dans un sous-sol de centre commercial, à quelques kilomètres du célèbre sanctuaire, des dizaines de personnes participent à des séances d’exorcisme menées…


Dans un sous-sol de centre commercial, à quelques kilomètres du célèbre sanctuaire, des dizaines de personnes participent à des séances d’exorcisme menées par un jeune prêtre. L’institution religieuse dénonce une dérive et met en garde contre ces pratiques qu’elle juge abusives.
La scène se répète chaque samedi dans une salle discrète, au sous-sol d’un centre commercial du centre du Portugal. Les participants, une centaine ce jour-là, se lèvent un par un et s’avancent vers un homme en soutane noire. Il pose ses deux mains sur leur front, ferme les yeux, semble se concentrer. Certains basculent alors en arrière, poussent des cris, se débattent avant de s’effondrer sur un tapis, rattrapés par des assistants. Ce rituel est organisé par la Prélature Saints Pierre et Paul, une structure créée en 2006 que l’Église catholique a officiellement désavouée. À sa tête, un jeune homme de 27 ans au visage pâle et aux cheveux roux, Francisco Marques, qui officie comme exorciste. Il est accompagné d’un Italien, Salvatore Micalef, qui se présente comme son évêque et assure avoir reconnu chez Francisco un don pour chasser les démons.
Les fidèles, majoritairement des femmes, repartent avec le sentiment d’avoir été libérées. Une infirmière de 56 ans raconte une grande paix intérieure, une âme légère après un nettoyage. Elle parle d’un pouvoir transmis par les mains du prêtre. Ce succès grandissant inquiète pourtant l’Église. L’évêque de Leiria-Fatima, José Ornelas, rappelle que l’exorcisme existe bien dans la tradition catholique, mais qu’il est encadré avec une extrême prudence pour éviter toute dérive sectaire. Il y a trois ans, le diocèse avait déjà publié un communiqué pour dénoncer ces retraites suspectes, menées par un prétendu séminariste ami du pape et un évêque se faisant passer pour un exorciste du Vatican. L’évêque souligne que l’Église ne peut pas interdire ces rassemblements, mais qu’elle doit dénoncer un abus et le risque d’exploitation des souffrances d’autrui.
Francisco Marques, lui, se dit persécuté. Il a porté plainte pour diffamation contre ceux qui le traitent de faux prêtre ou d’escroc. Il assure que ses séances sont gratuites, mais admet qu’elles sont financées par les dons volontaires des croyants. En parallèle, il vend des objets religieux comme du sel exorcisé, de l’eau bénite ou des onctions préparées. Sur la table d’exposition, des cartes de visite le montrent aux côtés du pape François, avec un numéro de téléphone et un compte bancaire. Chaque dimanche, il célèbre la messe dans une chapelle privée installée chez lui, dans un village à une centaine de kilomètres au nord de Fatima. L’affrontement entre ce jeune exorciste autoproclamé et la hiérarchie catholique est désormais public, et il pose une question simple jusqu’où peut aller la foi quand elle échappe au contrôle de l’institution.
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