Monde
Un centre anti-Ebola pour Américains met le feu aux poudres au Kenya
À Nanyuki, des centaines de manifestants ont défilé contre un centre de quarantaine destiné à des Américains potentiellement contaminés par Ebola. Entre…


À Nanyuki, des centaines de manifestants ont défilé contre un centre de quarantaine destiné à des Américains potentiellement contaminés par Ebola. Entre peur du virus et sentiment d’être pris pour une décharge, la colère gronde.
Mardi, la ville kényane de Nanyuki a vécu une journée sous tension. Des centaines d’habitants ont envahi les rues pour dénoncer l’installation d’un centre d’isolement réservé à des Américains présentant un risque d’Ebola. Ce centre, construit sur la base aérienne de Laikipia, est presque terminé. Il doit accueillir 50 patients, géré par les États-Unis. Mais la population locale refuse d’accueillir un virus que le Kenya n’a jamais connu sur son sol.
Les manifestants, certains vêtus de combinaisons de protection, ont promené un cercueil marqué « Ebola ». La police a tiré des gaz lacrymogènes à plusieurs reprises. Plusieurs arrestations ont eu lieu. « Nous n’avons pas cette maladie dans ce pays, ils veulent importer un virus chez nous », a lancé Zipporah Wachira, 30 ans. Un défenseur des droits humains, Mwangi Wangai, a résumé le sentiment général : « Les Américains peuvent prendre leur Ebola et le ramener chez eux. » Beaucoup dénoncent l’attitude des États-Unis, qui refusent de soigner leurs citoyens malades sur leur propre territoire. « Pourquoi considèrent-ils notre pays comme une décharge ? » s’est interrogée Priscilla Waimani, drapeau kenyan sur les épaules.
Ce n’est pas la première fois que le projet suscite la colère. Le 1er juin, des riverains avaient déjà manifesté devant la base. Deux personnes avaient été tuées par balles, selon des défenseurs des droits humains. La police kényane est régulièrement critiquée pour sa brutalité. En parallèle, la justice a ordonné la suspension du centre, estimant qu’il allait à l’encontre de l’intérêt commun. Mais le gouvernement de William Ruto a promis de poursuivre le projet. Il invoque une dette envers Washington pour des années d’aide. Les États-Unis ont d’ailleurs promis 13,5 millions de dollars pour préparer le Kenya à une éventuelle épidémie. L’OMS rappelle toutefois qu’une telle initiative ne peut fonctionner sans l’adhésion des communautés locales. L’exécutif est aussi critiqué pour avoir signé l’an dernier un accord sanitaire donnant accès aux données de santé des Kényans aux Américains, en échange de subsides. La méfiance est à son comble.
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