Culture
Sous les tables de pique-nique, un temple antique refait surface
Soixante ans après l’abandon des fouilles, les archéologues reprennent l’exploration du sanctuaire gallo-romain de Sequana, aux sources de la Seine.…


Soixante ans après l’abandon des fouilles, les archéologues reprennent l’exploration du sanctuaire gallo-romain de Sequana, aux sources de la Seine. Objectif percer les mystères d’un lieu de pèlerinage où se mêlent déesse gauloise, eaux sacrées et promesses de guérison.
Dans le petit hameau de Source-Seine, en Bourgogne, un drôle de parc sommeille au fond d’une vallée. On y trouve une grotte de style Napoléon III, une nymphe fatiguée, et un mince filet d’eau qui deviendra plus tard la Seine. Ce bout de terre, acheté sous Haussmann et inauguré en 1867, ressemble aux Buttes-Chaumont. Pourtant, sous les pelouses et les tables de pique-nique, le passé dort profondément. Car ici, les premières fouilles du XIXe siècle avaient révélé un sanctuaire antique dédié à Sequana, déesse gauloise des sources. Entre le Ier et le IVe siècle, des milliers de pèlerins venaient y implorer la guérison. Ils offraient des ex-voto en échange d’une faveur divine. Mais depuis 1967, plus rien. Les fouilles s’étaient arrêtées, la terre avait repris ses droits.
Aujourd’hui, l’Inrap relance les recherches. Une campagne de quatre ans a débuté en juin, et les archéologues ne perdent pas de temps. « On a tout dégagé », raconte l’un d’eux, les bottes dans la glaise. En quelques jours, les vestiges sont réapparus un bassin creusé dans la roche où les pèlerins pouvaient s’immerger, un petit temple, des murs inconnus. Le site a souffert de l’érosion et des racines, il fallait le sauver. Mais l’essentiel n’est pas de déterrer des objets. Les scientifiques veulent comprendre comment fonctionnait ce sanctuaire. Y avait-il déjà un culte avant l’arrivée des Romains ? Sequana est une déesse gauloise, mais aucune preuve ne l’atteste pour l’instant. Les archéophones vont sonder le sol, même sous les aires de pique-nique. Car sur les 1,7 hectare du parc, seuls 20 % ont été explorés.
Cette résurrection n’est pas un hasard. Sequana a regagné en popularité lors de la cérémonie d’ouverture des JO de Paris en 2024, dressée sur un cheval d’acier. Mais derrière la mise en scène, il y a une réalité historique fascinante. L’eau des sept sources n’a aucun pouvoir magique. C’est à la déesse elle-même que les anciens vouaient un culte guérisseur, un donnant-donnant avec les dieux. Les centaines d’ex-voto retrouvés en témoignent. Aujourd’hui, les chercheurs veulent « faire ressurgir Sequana », comme le résume le président de l’Inrap. Et pour cela, il faut creuser, analyser, protéger. Car la meilleure conservation, c’est l’étude. Et sous les mètres de terre et de broussailles, il reste encore beaucoup à apprendre.
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