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Pour sauver leurs bananes les producteurs antillais comptent sur les nouveaux OGM

En Guadeloupe et Martinique, un champignon dévaste les plantations de bananes. Pour y faire face, les exploitants misent sur les nouvelles techniques…

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Pour sauver leurs bananes les producteurs antillais comptent sur les nouveaux OGM

En Guadeloupe et Martinique, un champignon dévaste les plantations de bananes. Pour y faire face, les exploitants misent sur les nouvelles techniques génomiques, que le Parlement européen doit voter cette semaine.

Sur les pentes de Capesterre-Belle-Eau, en Guadeloupe, Letycia Lavital inspecte chaque feuille un par un. Dès qu’elle repère une tache brune, un jaunissement, elle sait que le champignon est passé par là. La cercosporiose noire n’est pas mortelle pour les bananiers, mais elle grignote les rendements et menace la survie de centaines d’exploitations. Pour la combattre, cette jeune agricultrice n’a que deux armes l’effeuillage manuel ou le port d’un atomiseur de 35 kg sur le dos. Une journée entière de boulot pour traiter ses quatre hectares. Et encore, ce n’est qu’un pansement.

Le contraste avec les concurrents sud-américains est violent. Au Costa Rica ou en Équateur, les bananeraies sont survolées par des avions, surveillées par des drones, et les producteurs ont accès à une vingtaine de molécules phytosanitaires. En France, il n’en reste que trois. Résultat des années de restrictions pour protéger l’environnement et la santé, la filière antillaise se retrouve dos au mur. Elle produit pourtant 200 000 tonnes chaque année, couvre environ 20% du marché français, et fait vivre 530 exploitations entre Guadeloupe et Martinique. Sans solution efficace contre le champignon, c’est toute une économie locale qui vacille.

C’est dans ce contexte que le vote du Parlement européen sur les nouvelles techniques génomiques prend tout son sens. Ces NGT, que certains appellent les nouveaux OGM, permettent de modifier le génome d’une plante sans y insérer d’ADN étranger. Les partisans y voient une porte de sortie pour les bananes antillaises la promesse de variétés tolérantes à la cercosporiose noire. L’Union des groupements de producteurs (UGPBAN) teste déjà des vitroplants en laboratoire, avec des premiers résultats encourageants. Mais la prudence reste de mise. Un agro-économiste du Cirad rappelle qu’on est là dans une économie de la promesse et que la tolérance des nouvelles variétés pourrait s’effriter avec le temps. Il milite plutôt pour une diversification des cultures, loin de la monoculture quasi exclusive de la cavendish.

À Strasbourg, le texte devrait passer sans trop de difficultés, soutenu par la droite et le centre, tandis qu’une partie de la gauche y est favorable pour sauver les régions ultrapériphériques. Les Verts, eux, s’y opposent frontalement. Ils dénoncent l’introduction d’OGM sur le territoire européen sans véritable débat public. Pendant ce temps, dans les bananeraies antillaises, on attend. Six mille hectares à replanter, douze millions de plants à renouveler. Un chantier colossal qui prendra des années, même si la technique est validée. Et avec elle, l’espoir de sortir enfin du tunnel.

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