Monde
« Narcoterroriste » le nouveau « communiste » pour Rigoberta Menchú
La Prix Nobel de la paix 1992 dénonce un mot qui sert à discréditer les opposants de gauche en Amérique latine. Elle défend le rôle de l’ONU et s’inquiète…


La Prix Nobel de la paix 1992 dénonce un mot qui sert à discréditer les opposants de gauche en Amérique latine. Elle défend le rôle de l’ONU et s’inquiète de l’intelligence artificielle dans les conflits.
Pour Rigoberta Menchú, les mots changent mais la mécanique reste la même. La militante indigène guatémaltèque de 67 ans, survivante du massacre de sa famille pendant la guerre civile, voit dans l’accusation de « narcoterroriste » une nouvelle étiquette politique. Selon elle, cette expression est devenue un prétexte pour réprimer les voix dissidentes, exactement comme le mot « communiste » servait autrefois à justifier des violences d’État. « Combien de personnes ont été tuées parce qu’on disait qu’elles étaient communistes, combien de normes ont été écrasées », rappelle-t-elle. Aujourd’hui, le même phénomène se répète avec une ritournelle différente.
L’activiste, qui enseigne aujourd’hui le droit à l’Université nationale autonome du Mexique, estime que ces accusations agissent comme un écran de fumée. Elles permettent de marginaliser l’opposition de gauche tout en justifiant des dérives sécuritaires. Mais Rigoberta Menchú ne perd pas espoir dans les institutions internationales. Elle défend avec force le rôle de l’ONU dans la résolution des conflits, malgré ses limites. « Je ne vois aucune autre instance susceptible de remplacer l’ONU. Si un autre organisme était créé, il serait à la fois juge et partie », explique-t-elle. Pour elle, la voie du multilatéralisme reste la seule viable, à condition d’être menée avec courage pour ne pas céder à la loi du plus fort.
La Prix Nobel s’inquiète aussi des nouvelles technologies. L’intelligence artificielle, dit-elle, aggrave les conséquences de la guerre. Elle cite l’exemple de l’Iran sans donner de chiffres précis, mais souligne que les décisions ne viennent pas seulement de dirigeants comme Donald Trump. Derrière, il y a des secteurs très puissants, « les argentiers de la guerre et du capital ». Les victimes ne sont pas seulement humaines, insiste-t-elle, la nature et la Terre mère paient aussi le prix. Quant à Cuba, Rigoberta Menchú estime que Trump aimerait en faire sa « résidence secondaire » une île magnifique et convoitée. Mais elle loue la résilience du peuple cubain qui, selon elle, résiste depuis près de 70 ans à une pression continue et reste debout.
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