Monde
Menacées de renvoi, des Afghanes se battent pour terminer leur médecine au Pakistan
Chassées des universités par les talibans en 2022, certaines avaient trouvé refuge dans les facultés pakistanaises grâce à une bourse. Les voilà…

Chassées des universités par les talibans en 2022, certaines avaient trouvé refuge dans les facultés pakistanaises grâce à une bourse. Les voilà aujourd’hui sommées de plier bagage, le temps d’une bataille judiciaire qui décidera de leur avenir.
En Afghanistan, les femmes n’ont plus le droit de s’asseoir sur les bancs de l’université depuis 2022. Une poignée d’entre elles a pourtant gardé un cap, de l’autre côté de la frontière. Le Pakistan leur avait ouvert ses facultés de médecine, souvent via une bourse décrochée de haute lutte.
Cet équilibre fragile vient de vaciller. Le Conseil pakistanais des médecins et dentistes a adressé un rappel sec aux établissements. Au nom de consignes nationales, les étudiants afghans inscrits en médecine ou en dentisterie sont priés de repartir en Afghanistan. Les universités disposaient de quelques jours pour les rayer de leurs listes, sous peine de sanctions. Human Rights Watch a bondi, dénonçant une décision arbitraire et discriminatoire qui met en danger la sécurité des Afghanes, et réclamant son abandon pur et simple.
Pour une étudiante de 23 ans, inscrite en deuxième année, la nouvelle est tombée sans prévenir. Elle venait de rentrer déjeuner quand une notification lui a appris qu’elle devait tout laisser et regagner son pays. Elle préfère taire son nom, par prudence. Son premier réflexe a été de penser que le cauchemar des filles privées d’école en Afghanistan se rejouait, cette fois ailleurs.
La médecine, elle l’a choisie par conviction. Soigner un être humain, c’est soigner l’humanité tout entière, dit-elle. Elle avait dû interrompre son cursus quand les talibans ont fermé les campus aux femmes. Elle n’a jamais renoncé. Sur trente mille candidats, elle figure parmi la vingtaine d’Afghanes retenues pour une bourse au Pakistan, après une série de tests et d’entretiens. Si on la renvoie, elle refuse d’y songer. Son parcours lui a enseigné que le chagrin ne mène à rien. Mais ce serait son rêve de devenir médecin qui partirait en fumée.
Ses derniers espoirs reposent sur un tribunal de Lahore, saisi par des dizaines d’étudiants afghans. Un juge avait déjà suspendu l’expulsion et ordonné la reprise des cours. Pour l’un des avocats, Asad Jamal, l’ordre du Conseil est général et n’a laissé à personne la possibilité de se défendre. Si la Haute Cour le juge illégal, l’effet se fera sentir dans tout le pays. Des recours existent aussi dans d’autres provinces, l’un ayant été rejeté au Baloutchistan. Contacté, le Conseil n’a rien répondu.
À Lahore toujours, Mubin Ulfati, 24 ans, achève sa dernière année de médecine. En sortant de l’hôpital où il suivait des cours, il a découvert qu’il devait quitter l’université et le Pakistan en vingt-quatre heures. Un futur médecin est pourtant rompu aux nouvelles brutales, glisse-t-il. Là, c’était comme tout perdre en quelques minutes. Le film de ses études a défilé, pareil à un patient qui verrait sa vie repasser avant de mourir. L’attente de l’audience le ronge, même s’il salue le soutien de ses camarades et de ses professeurs pakistanais. Nous sommes des victimes, lâche-t-il, d’une situation politique.
Le climat entre Islamabad et Kaboul n’a cessé de se dégrader, jusqu’à basculer en guerre ouverte en début d’année. Le Pakistan accuse son voisin d’abriter des insurgés responsables d’attentats meurtriers sur son sol, ce que le gouvernement taliban dément. Depuis 2023, les autorités pakistanaises ont par ailleurs renvoyé des Afghans en masse, y compris des réfugiés installés depuis des années. Plus de 2,5 millions de personnes sont reparties, la plupart sous la contrainte.
Aujourd’hui, les visas pour les Afghans ne sont plus délivrés qu’au compte-gouttes, et pas seulement aux futurs médecins. Un étudiant en relations internationales d’Islamabad attend le renouvellement du sien depuis de longs mois. Un interne en ophtalmologie a, lui, été expulsé avant même le dernier rappel du Conseil, faute de papiers en règle. On l’a sorti du bloc en pleine opération, avant de le renvoyer en Afghanistan en deux jours. Il ne se dit pas politique, seulement étudiant. Sa demande au Pakistan tient en une phrase. Laissez-nous finir nos études, nous reviendrons ensuite exercer chez nous.
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