Monde
L’exil, dernier rempart des opposants iraniens


Depuis le Kurdistan irakien, des dissidents ayant fui la répression observent, impuissants ou résolus, le conflit qui déchire leur pays natal.
Farhad Sheikhi évoque avec une émotion contenue les souvenirs des rassemblements auxquels il a participé. Les images qu’il conserve sur son téléphone témoignent de la violence des affrontements. Après avoir quitté l’Iran, cet homme de trente-quatre ans suit désormais, depuis Souleimaniyeh dans le nord de l’Irak, l’évolution des hostilités. L’angoisse pour sa famille restée au pays le tenaille, d’autant que les communications sont extrêmement difficiles. Il dépend du récit d’un intermédiaire pour obtenir des nouvelles. La guerre, désormais entrée dans sa troisième semaine, a selon lui accru la prudence de la population, davantage concentrée sur la survie quotidienne. Le projet de retour en Iran s’est évanoui. Il nourrit l’espoir de pouvoir se rendre en Allemagne pour y poursuivre ses études, tout en gardant la conviction qu’un changement politique lui permettra un jour de rentrer.
Son engagement remonte aux vastes mobilisations de 2022, déclenchées par la mort de Mahsa Amini. Arrêté et soumis à des sévices qui ont altéré son audition, il a de nouveau rejoint les manifestations cet hiver. La répression qu’il dit avoir observée l’a finalement poussé à l’exil. Un autre réfugié, Aresto Pasbar, porte lui aussi les stigmates physiques de cette lutte. Blessé par balle lors des mêmes événements, il a perdu l’usage d’un œil. Après un périple qui l’a mené de Turquie vers l’Europe, il a obtenu l’asile en Allemagne. Pourtant, le déclenchement du conflit l’a conduit à quitter ce qu’il nomme le confort occidental pour rejoindre des groupes de combattants kurdes iraniens basés en Irak. Il affirme ne pas pouvoir rester spectateur face à la situation dans son pays. Conscient des risques, il a fait ses adieux à sa famille en Allemagne, leur confiant un message sur la défense de leurs droits.
La région frontalière du Kurdistan irakien constitue depuis longtemps une zone de tensions pour les opposants iraniens. Les forces affiliées à Téhéran y mènent régulièrement des opérations contre ces groupes. L’histoire d’Amina Kadri en est une illustration tragique. Son mari, militant kurde exilé, a été tué il y a plusieurs années près de la frontière, un assassinat qu’elle impute aux autorités iraniennes. Peu après, son fils aîné a été exécuté en Iran dans des conditions qu’elle juge suspectes. Ces épreuves successives ont anéanti sa crainte. Depuis une localité irakienne proche de la frontière, désormais zone interdite, elle n’attend plus qu’une chose, la fin du régime actuel, qu’elle assimile à une forme de justice pour toutes les victimes.





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