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Les tatoueurs de cheveux dans le collimateur de la loi japonaise

Redessiner un crâne dégarni avec des micro-points d’encre, c’est le quotidien de certains artistes japonais. Mais les autorités considèrent cette pratique…

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Les tatoueurs de cheveux dans le collimateur de la loi japonaise

Redessiner un crâne dégarni avec des micro-points d’encre, c’est le quotidien de certains artistes japonais. Mais les autorités considèrent cette pratique comme un acte médical et les menacent de poursuites.

Remy installe son aiguille au-dessus du crâne de son client. Point par point, il dépose une encre pigmentée pour recréer l’illusion d’une chevelure. Une vraie coupe courte dessinée à force de micropigmentation, une discipline que l’on appelle la SMP. Le résultat est bluffant, mais au Japon, ce travail tombe sous le coup d’une interdiction implicite. Le maquillage permanent est perçu comme un acte médical. Et ceux qui l’exercent sans blouse blanche sont menacés de poursuites pénales.

Les autorités s’appuient sur un arrêt de la Cour suprême de 2020. Le tatouage décoratif, lui, a été reconnu comme une activité artistique. Mais la SMP a été exclue de cette reconnaissance. Officiellement, la technique est trop risquée pour être confiée à des non-médecins, à cause des aiguilles qui traversent la peau. Les sanctions peuvent aller jusqu’à l’arrestation. Un habitant d’Okinawa, âgé de 44 ans, en a déjà fait l’expérience.

Pourtant, la demande est là. Koki Hatanaka, 28 ans, est tombé dans l’alopécie et sombrait dans le désespoir. Ne plus oser sortir, ne plus se sentir capable d’aborder des inconnus. Son crâne, recouvert de pigments, ressemble aujourd’hui à une coupe très rasée. Il a retrouvé cette confiance perdue. Remy, lui, défend la douceur de son geste. Il décrit une procédure à peine invasive, parfois si indolore que des clients s’endorment pendant les séances.

La pression juridique ne semble pas freiner les professionnels. En juillet, une convention s’est tenue à Okinawa avec des dizaines de spécialistes venus de Corée du Sud, du Vietnam et de Suède. Ils ont tatoué des cuirs chevelus, des sourcils et des lèvres. Tatsuki Miyahira, tatoueur local, propose la SMP dans son studio sans autorisation médicale. Il affirme n’avoir aucune raison d’avoir honte. Pendant ce temps, la Corée du Sud a dépénalisé le maquillage permanent en 2025. Le Japon est donc devenu un cas isolé dans la région.

Ce rejet puise dans l’histoire compliquée du pays avec l’encre. Le tatouage a longtemps été associé aux yakuzas, la mafia locale, et reste interdit dans de nombreux lieux publics comme les sources thermales. Cette image négative déborde sur la SMP, comme le souligne Yasuaki Sameshima, entrepreneur du secteur. Michiko Shinmasu, coiffeuse qui tatoue des sourcils, constate que ses clients ont l’impression de participer à quelque chose d’illégal. Remy réclame une licence et une formation obligatoire pour sortir de ce flou. Selon lui, c’est le meilleur moyen de protéger les clients et d’assurer des conditions d’hygiène irréprochables.

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