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À Rome, la canicule s’acharne sur les familles chassées du squat solidaire

Des centaines d’exclus campent sous 40°C devant le centre social Spin Time, fermé depuis un incendie. Entre élan de générosité et bataille politique, la…

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À Rome, la canicule s'acharne sur les familles chassées du squat solidaire

Des centaines d’exclus campent sous 40°C devant le centre social Spin Time, fermé depuis un incendie. Entre élan de générosité et bataille politique, la capitale italienne cherche comment loger ceux qui n’ont plus rien.

Les nuits sont courtes et les journées interminables pour les anciens habitants de Spin Time Labs. Partis dans la précipitation après l’évacuation du bâtiment le mois dernier, ils se retrouvent aujourd’hui sur le trottoir, entre tentes de fortune et lits de camp, alors que le thermomètre romain frôle les 40 degrés. Familles avec enfants, personnes âgées, animaux de compagnie, tous attendent devant les grilles cadenassées en espérant un signe. La tension monte à mesure que le soleil tape. Une jeune médecin de 33 ans, Anastasia Destro, vient en aide aux expulsés avec son équipe. Elle décrit une détresse psychologique qui s’aggrave chaque jour, des gens épuisés, à bout. Les problèmes de santé liés à la rue et à l’exposition permanente au soleil se multiplient. Vivre dehors par cette chaleur, ce n’est pas seulement inconfortable, c’est dangereux.

Autour de ce petit campement improvisé, la solidarité s’organise à grande échelle. Des bénévoles de toute la ville apportent des vêtements, de la nourriture et des jouets pour les plus petits. La mairie, dirigée par une coalition de gauche, a fourni des tentes, des climatiseurs, des sanitaires portables et un camion-citerne pour l’eau potable. Des figures du cinéma, de Paolo Sorrentino à Ken Loach, ont pris la parole pour demander le retour des résidents. Matteo Garrone, lui, a organisé une projection de son film Pinocchio pour distraire les enfants. Car ce bâtiment n’était pas un simple squat. Occupé depuis 2013, Spin Time était devenu un véritable village solidaire, avec une banque alimentaire, une cantine, un atelier de menuiserie, un journal et même un théâtre. Marco Perilli, un ouvrier du bâtiment de 60 ans qui y habite depuis le début, raconte que l’immeuble réunissait 27 groupes ethniques, cultures et religions différentes. Des gens qui ont réussi à cohabiter comme une grande famille, disait-il. Lui s’y était installé après une séparation difficile.

Cette expulsion éclaire brutalement une crise du logement qui ronge Rome depuis des années. Plus de 17 000 familles sont officiellement en attente d’un logement social dans la capitale. Près de la moitié attendent depuis au moins dix ans. Face à cette situation, le maire Roberto Gualtieri a proposé que la ville rachète le bâtiment, et il espérait autoriser les ex-occupants à revenir pendant les négociations. Mais le propriétaire, la société d’investissement Investire SGR, refuse pour l’instant toute réintégration. Un refus que salue le parti d’extrême droite Fratelli d’Italia, la formation de la cheffe du gouvernement Giorgia Meloni. Pour eux, le maire gaspillerait l’argent public et récompenserait un comportement illégal en envisageant un rachat. Les soutiens de Spin Time répondent que le lieu a apporté une aide vitale à des centaines de personnes précaires. Les plus vulnérables ont trouvé un autre toit, mais beaucoup attendent encore dehors, toujours plus épuisés. Parmi eux, Patience Sare, une Nigériane de 40 ans, ancienne restauratrice en Libye, qui a fui vers l’Europe pendant la guerre de 2011. Elle a tenté sa chance en France, en Suisse, à Malte, avant d’arriver ici. Spin Time a accueilli elle et ses deux enfants. Ma vie a changé, confie-t-elle, les larmes aux yeux. C’était comme si j’avais enfin trouvé un chez-moi. J’aimerais tellement que nous puissions rester.

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