Europe
La guerre s’attaque aux pompes à essence de l’Ukraine
À Izioum, une station-service vient d’être pulvérisée. Son employé raconte une frappe devenue courante alors que Moscou cible la logistique et le…


À Izioum, une station-service vient d’être pulvérisée. Son employé raconte une frappe devenue courante alors que Moscou cible la logistique et le carburant.
Le ciel s’embrase un instant, puis un bruit sourd secoue le sol. Izioum, dans l’est de l’Ukraine. David Akopyan, 35 ans, pompiste, marche au milieu des débris de son lieu de travail. Quelques minutes avant le missile, il venait de fermer la station, par précaution. «J’ai tiré la rubalise, chassé tout le monde, j’avais à peine atteint ma voiture que j’ai entendu le sifflement», dit-il. Autour de lui, le magasin est éventré et les blocs de béton qui devaient protéger l’endroit n’ont rien arrêté.
Depuis le début de l’invasion russe en 2022, les infrastructures énergétiques ukrainiennes sont régulièrement visées. Depuis quelques mois, les frappes ciblent surtout le réseau de distribution de carburant. Plus de 200 stations-service ont été touchées à travers le pays, en particulier dans l’est et le nord-est, le long des routes qui mènent au front. Les carcasses calcinées font désormais partie du décor dans la région d’Izioum.
Militairement, ces destructions ne changent pas grand-chose. L’armée ukrainienne dispose de son propre système d’approvisionnement en carburant, rappellent les experts. En revanche, l’objectif semble ailleurs. Les autorités ukrainiennes y voient une manœuvre pour briser la logistique civile et compliquer la vie de la population à l’approche de l’hiver. Les bombardements ont déjà plongé des millions de personnes dans le noir et le froid en 2025. Pour l’instant, les principales compagnies pétrolières assurent avoir remis en service environ 80% des pompes endommagées.
Sur le terrain, la peur grandit. Plusieurs habitants d’Izioum redoutent de manquer de carburant en cas d’évacuation. Certains commencent à stocker de l’essence, d’autres envisagent de quitter la ville. Les files de voitures s’allongent devant les stations encore ouvertes, protégées par des filets contre les drones. Aux abords d’une pompe dissimulée, un employé fume pendant que l’alarme aérienne résonne au loin.
Les stations-service ne sont pas de simples points de ravitaillement en Ukraine. Ce sont des lieux de vie, des restaurants, des bars, des points de rencontre pour les civils et les soldats. Les frapper touche aussi le quotidien des gens. Début juillet, une femme a été tuée lors d’une attaque contre une station dans le centre-est du pays, à plus de 200 kilomètres du front. La peur est réelle, mais David Akopyan essaie de garder son calme. «Même s’ils bombardent toutes les stations, il y aura toujours des solutions», assure-t-il. Cet ancien militaire dit avoir l’habitude des drones russes. Ce qui l’inquiète, ce n’est pas l’essence, c’est la suite. «Pour l’instant, ils essaient de pousser les civils à quitter la ville. Ensuite, ils raseront tout», conclut-il.
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