Europe
Privé de scrutin, le dernier parti antiguerre russe trouve un élan inespéré
La Cour suprême russe a interdit au parti Iabloko de se présenter aux législatives de septembre. Face à cette décision, ses soutiens ont manifesté comme…


La Cour suprême russe a interdit au parti Iabloko de se présenter aux législatives de septembre. Face à cette décision, ses soutiens ont manifesté comme rarement depuis 2022.
La nouvelle est tombée lundi et a bouleversé les soutiens du parti. La Cour suprême a privé Iabloko, le seul parti antiguerre présent en Russie, de participation aux élections législatives prévues en septembre. Devant le siège de la juridiction, des sympathisants se sont rassemblés en criant « Honte ». Parmi eux, Karina, 18 ans, devait voter pour la première fois. Cette bénévole, qui préfère garder l’anonymat pour sa sécurité, a d’abord été choquée, puis agréablement surprise par la foule présente. Elle confie n’avoir pas vu de rassemblement politique d’opposition aussi important depuis 2022.
Depuis cette date, tout a basculé en Russie. La répression s’est durcie à des niveaux jamais atteints depuis l’ère soviétique. Des milliers de personnes ont été emprisonnées ou condamnées à des amendes pour avoir dénoncé le conflit. Les principales voix critiques sont en prison, en exil ou sont mortes. Les manifestations contre le Kremlin sont devenues rarissimes. Pour Karina, l’interdiction visant Iabloko a été la goutte d’eau qui fait déborder le vase. « Les gens n’ont plus rien à perdre, ils ne sont plus prêts à supporter ça », lance-t-elle.
Le chef d’Iabloko, Nikolaï Rybakov, ne compte pas en rester là. Il a annoncé son intention de faire appel et promet de ne pas suspendre la campagne électorale. Lui-même est sous surveillance renforcée et quelque 40 de ses militants sont poursuivis en justice. Selon lui, 130 membres restent inscrits comme candidats dans les circonscriptions. La Douma, la chambre basse du Parlement, compte 450 députés élus selon un système mixte, la moitié à la proportionnelle sur tout le territoire et l’autre moitié dans des circonscriptions individuelles. La Cour n’a interdit au parti que le scrutin proportionnel, mais on ignore, pour l’instant, ce que cela implique pour les autres candidatures.
Malgré cette exclusion, Iabloko connaît un regain d’intérêt. Marizhat Ramazanova, chargée des réseaux sociaux du parti, constate que les recherches sur Wikipédia et les moteurs de recherche ont augmenté de 90% en quelques semaines. Elle y voit « un rayon d’espoir » et une « bouffée d’air frais ». Ce mouvement, fondé en 1993 dans la mouvance pro-occidentale, n’a plus de député à la Douma depuis 2003. Depuis, Russie unie, le parti de Vladimir Poutine, a remporté toutes les élections législatives. Un sondage réalisé plus tôt cette année créditait Iabloko de 3% des intentions de vote, sous la barre des 5% nécessaires pour entrer au Parlement. Karina, elle, espère que l’interdiction poussera les jeunes à prendre l’initiative, à remplacer les responsables politiques plus âgés et à créer de nouveaux partis.
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