Économie
L’Europe met la pression sur Pékin pour éviter la guerre commerciale
Le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, entame jeudi deux jours de discussions à Pékin pour tenter d’obtenir des engagements concrets de la…


Le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, entame jeudi deux jours de discussions à Pékin pour tenter d’obtenir des engagements concrets de la Chine. Bruxelles dénonce des subventions massives et des surcapacités qui menacent des secteurs entiers, tandis que Pékin prévient qu’il réagira à toute mesure contraire à ses intérêts.
Maros Sefcovic, commissaire européen au Commerce, entame jeudi deux journées de discussions à Pékin. Objectif affiché, éviter que les tensions entre l’Union européenne et la Chine ne dégénèrent en conflit ouvert, et repartir avec des gestes chinois tangibles en faveur d’un rééquilibrage des échanges. Bruxelles réclame des actes significatifs depuis des mois. Le déficit commercial européen vis-à-vis de la Chine ne cesse de se creuser, une situation que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qualifie de « point de bascule ». La menace d’une riposte plane. Pékin a prévenu qu’il répondrait à toute mesure jugée contraire à ses intérêts.
Les reproches européens sont nombreux. Bruxelles pointe les subventions massives versées par l’État chinois à ses entreprises, les surcapacités d’une industrie qui déverse ses produits à bas coût sur le marché européen et met en danger des pans entiers de l’économie, à commencer par l’automobile. S’y ajoutent des obstacles à l’accès des entreprises européennes au marché chinois, l’usage des chaînes d’approvisionnement comme levier de pression et une monnaie volontairement sous-évaluée. Autant d’accusations que Pékin rejette en bloc. Les spécialistes invitent aussi l’Europe à se pencher sur ses propres fragilités.
Le calendrier presse. Les chefs d’État et de gouvernement de l’UE se retrouvent en sommet à la mi-octobre. Une proposition franco-allemande y sera présentée, avec l’idée de doter l’Europe d’un outil supplémentaire permettant d’écarter du marché intérieur, en quelques jours, les biens et services d’un pays engagé dans une guerre commerciale. La Chine n’est pas citée nommément, mais le dispositif vise clairement à anticiper une confrontation ouverte. Le ministère chinois du Commerce a taclé Berlin et Paris, leur demandant de cesser d’encourager l’UE à sortir des outils protectionnistes « à tout bout de champ », sous peine d’en subir elles-mêmes les conséquences.
Parmi les sujets les plus sensibles figurent les terres rares. Ces matières premières sont indispensables à de nombreuses industries stratégiques, et la Chine en contrôle l’extraction comme le raffinage. L’Europe en dépend fortement et a durement encaissé les restrictions à l’exportation imposées par Pékin en 2025. Côté européen, l’ambition est justement d’éviter d’en arriver là. Maros Sefcovic entend obtenir de « premiers résultats concrets » au cours de ses entretiens.
La Chine a peu à gagner à un bras de fer. Son économie reste très dépendante des exportations et affronte ses propres difficultés internes, ce qui donne à l’Union européenne une marge de négociation, souligne Bernd Lange, président de la commission du commerce international du Parlement européen. Selon lui, l’Europe est prête à coopérer, mais sans résultat substantiel, elle devra agir et fixer les prochaines étapes en novembre.
Les Européens espèrent des engagements chinois pour réduire volontairement les exportations dans quelques secteurs clés, comme les véhicules hybrides, et un meilleur accès aux terres rares. Un accord global paraît hors de portée. « Si on réussissait à identifier un secteur où tester un accord de limitation des exportations avec la Chine, ce serait déjà un pas en avant », estime Ignacio Garcia Bercero, expert à l’institut Bruegel. Zhu Tian, professeur à la China Europe International Business School de Shanghai, résume la situation. La Chine reconnaît les déséquilibres commerciaux mais conteste l’analyse européenne, qui les attribuerait à des surcapacités ou à une concurrence déloyale. Les deux camps ont intérêt à éviter la guerre commerciale, un terrain d’entente demeure possible, même si les divergences restent profondes et qu’il faut plutôt s’attendre à des accords ponctuels qu’à un règlement d’ensemble.
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