Monde
Les yaks blancs, une réponse kirghize aux défis climatiques et agricoles


Au cœur des montagnes kirghizes, une famille d’éleveurs a développé une race unique de yaks à la robe immaculée. Cette initiative illustre un regain d’intérêt pour cet animal robuste, perçu comme une solution face à la dégradation des pâturages et au réchauffement.
Dans les hauts plateaux enneigés du Kirghizstan, un troupeau singulier se fond dans le paysage hivernal. Ces yaks à la fourrure d’un blanc uniforme constituent une variété rare, fruit de plusieurs décennies de sélection par la famille Akmatov. Leur existence incarne un mouvement plus large de revitalisation de l’élevage de ces bovidés dans le pays, où ils sont traditionnellement plus sombres. Cette démarche s’inscrit dans un contexte national de recherche de pratiques pastorales plus résilientes, face aux pressions exercées sur les terres agricoles.
Amantour Akmatov, berger de trente ans, veille sur près de trois cents têtes à plus de trois mille mètres d’altitude. Dans ces conditions extrêmes, où le mercure peut chuter considérablement, le yak démontre une endurance remarquable. Contrairement aux bovins classiques, il supporte le froid intense et peut paître librement toute l’année, nécessitant peu d’infrastructures. La gestion du troupeau demeure néanmoins exigeante, avec une croissance lente et la menace constante des prédateurs, comme les loups, contre lesquels les éleveurs doivent rester vigilants.
Les autorités agricoles kirghizes voient dans le yak un atout pour l’avenir. Sa capacité à prospérer sur des pâturages d’altitude, souvent pauvres et isolés, en fait un élément clé pour réduire la pression sur les terres plus densément peuplées et déjà fragilisées. Le ministère de l’Agriculture souligne son adaptation naturelle aux rigueurs climatiques, une caractéristique précieuse dans une région confrontée à la dégradation des sols. Sa viande et son lait, issus d’une alimentation exclusivement naturelle, présentent également un intérêt pour les marchés biologiques.
Le patriarche de la famille, Tachtanbek Akmatov, ancienne figure politique soviétique récompensée pour ses travaux sur l’élevage ovin, est à l’origine de cette lignée blanche. Fort de son expérience passée, il a entrepris il y a une dizaine d’années de sélectionner des yaks à la robe claire, avec l’ambition d’obtenir une race uniforme. La famille cherche aujourd’hui à faire reconnaître officiellement cette souche, avec l’espoir, à terme, de développer son exportation. Selon Tachtanbek Akmatov, la robe blanche pourrait offrir une meilleure résistance à la chaleur en réfléchissant les rayons du soleil, une hypothèse étudiée par des scientifiques.
Cette quête s’ancre dans une réalité économique nationale cruciale, où le secteur agricole occupe une part importante de la population. Pour les experts, la préservation et l’amélioration de races locales, parfaitement adaptées aux conditions montagneuses difficiles, sont essentielles. La famille Akmatov, qui a déjà breveté une race de moutons, défend également une gestion raisonnée des parcours, incluant la rotation des troupeaux, pour préserver la qualité des pâturages, un enjeu majeur de durabilité pour le pays.





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