Monde
Les toits de Rio, nouveau décor à succès des réseaux sociaux


Des images de drones filmant des touristes dans les favelas de la ville brésilienne connaissent un engouement planétaire. Cette pratique commerciale, source de revenus pour les habitants, ravive une controverse ancienne sur la représentation de ces quartiers populaires.
Sur les terrasses surplombant l’immense favela de Rocinha, à Rio de Janeiro, une scène se répète désormais quotidiennement. Des visiteurs, souvent venus de l’étranger, patientent pour être filmés en plan serré par un drone, avant que l’appareil ne s’élève pour révéler, en arrière-plan, le panorama urbain iconique de la métropole. Ces séquences, vendues une vingtaine d’euros et diffusées sur les plateformes sociales, rencontrent un tel succès que l’attente peut y atteindre deux heures.
La viralité de ces contenus a rouvert un débat sensible au Brésil. Pour ses détracteurs, ces vidéos esthétisantes contribueraient à banaliser, voire à embellir, la réalité de quartiers marqués par la précarité et confrontés à la violence des groupes criminels. Ils dénoncent une forme de marchandisation du paysage social, réduit à un simple décor spectaculaire.
Les promoteurs de ces visites guidées, eux, défendent une démarche opposée. Ils estiment que cette activité, encadrée par des résidents, permet au contraire de lutter contre les stéréotypes en offrant une vision plus nuancée de la vie locale. L’objectif affiché est de mettre en lumière les aspects positifs de ces communautés dynamiques, loin des clichés médiatiques réducteurs. Avant la séance de tournage, les touristes parcourent ainsi les ruelles escarpées du quartier, à la rencontre des habitants et de leur quotidien.
Cette forme de tourisme communautaire se présente également comme une alternative aux anciennes visites, parfois comparées à des « safaris » urbains, qui avaient été suspendues après un incident mortel impliquant une touriste. Des circuits sécurisés ont été établis en concertation avec les associations locales, et une application permet désormais de géolocaliser les guides et d’annuler les visites en cas de tension dans le secteur. L’activité génère des emplois pour des centaines de guides et de pilotes issus de la favela, tandis que les propriétaires des toits utilisés sont rémunérés.
Le phénomène s’inscrit dans un contexte de forte reprise du tourisme à Rio, qui attire des centaines de milliers de visiteurs étrangers chaque mois. Pour de nombreux habitants, cet afflux représente une opportunité économique légitime et une reconnaissance de la valeur de leur quartier. Ils soulignent que ces images peuvent contribuer à montrer une autre facette de leur réalité, celle d’un lieu de vie et de travail, et non uniquement un espace associé à l’insécurité.
Certains observateurs, toutefois, mettent en garde contre les risques d’une simplification excessive. Le danger résiderait dans la transformation de ces territoires complexes, traversés par de profondes inégalités, en un simple « contraste exotique » au service d’un contenu visuel percutant. La question sous-jacente demeure celle de la représentation et du regard porté sur ces espaces, entre ouverture au monde et préservation de leur authenticité et de leur dignité.





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