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Les gardiens de l’ombre qui protègent les trésors grecs de Libye

En Libye, des archéologues et des habitants risquent tout pour sauver les vestiges antiques de Cyrène et Apollonia, menacés par les jihadistes, les…

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Les gardiens de l’ombre qui protègent les trésors grecs de Libye

En Libye, des archéologues et des habitants risquent tout pour sauver les vestiges antiques de Cyrène et Apollonia, menacés par les jihadistes, les ouragans et l’abandon des autorités.

Sur les hauteurs verdoyantes de l’est libyen, le temple de Zeus domine encore le paysage. Il est plus grand que le Parthénon d’Athènes, mais personne n’y vient en foule. Le calme actuel cache une histoire de survie. Après la chute de Kadhafi en 2011, des groupes jihadistes ont pillé les nécropoles et les sanctuaires pour financer leurs activités. Les autorités ont disparu. Alors, archéologues et riverains ont monté un réseau clandestin. Smail Dakhil, le directeur du musée de Cyrène, raconte comment ils ont caché chez eux des pièces d’or, des statues et des archives. Les grandes œuvres, trop lourdes à déplacer, ont été surveillées jour et nuit par des volontaires armés de leur seule détermination. Résultat: pas un seul vol n’a été enregistré dans ce site classé à l’Unesco.

Mais les menaces n’ont pas cessé. En septembre 2023, l’ouragan Daniel a tout dévasté. Des murs antiques se sont effondrés, des sanctuaires ont été engloutis sous les gravats. Les amoureux du patrimoine sont venus spontanément, sans attendre l’État, pour déblayer et récupérer ce qui pouvait l’être. Aujourd’hui encore, sur la Voie Sacrée qui relie la ville haute au sanctuaire d’Apollon, des équipes travaillent avec des engins vieillots pour reconstruire un mur sur soixante mètres. Ils espèrent rouvrir la zone aux visiteurs d’ici septembre. L’ouragan a même révélé des surprises: dans les tombes grecques et romaines, les archéologues ont mis au jour des inscriptions et des offrandes funéraires inconnues.

À vingt kilomètres de là, le port antique d’Apollonia inquiète davantage. Un tiers de ses ruines est déjà sous l’eau. L’érosion marine ronge les bâtiments exposés. Avant la tempête, les experts estimaient le risque de perte à 50%. Maintenant, ils parlent de 80%. Pourtant, l’aide internationale ne vient pas. L’Unesco, sollicitée depuis des années, n’a pas encore répondu. Un nouveau directeur pour la région promet de se rendre sur place cet été et assure vouloir « revenir en force » en Libye. Les responsables locaux, eux, espèrent un jour voir un grand musée digne de ce nom, capable de rapatrier les centaines d’antiquités libyennes conservées à Paris et à Londres. En attendant, ils continuent à veiller seuls, avec des moyens de fortune, sur ces joyaux grecs uniques en Afrique.

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